Résumé de théologie dogmatique, Livre I : Fondements du savoir théologique

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chartreux
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Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre I : Fondements du savoir théologique

#141 Message par chartreux » mar. 12 févr. 2019 10:37

SWS traduit par le chartreux a écrit : IV. L'activité des conciles généraux consiste essentiellement en une coopération des membres de l'Église avec leur Tête. C'est donc au Pape qu'il appartient de diriger tout le déroulement du concile. Il peut, s'il choisit d'exercer ce droit, décider quelles questions seront traitées et de quelle façon. Ainsi une décision prise contre sa volonté ou sans son consentement n'est jamais légitime. Même une décision acceptée par ses légats sans son approbation expresse n'est pas absolument obligatoire. En revanche, il ne peut y avoir de décision qui soit illégitime ou nulle en raison d'un usage trop étendu du droit du Pape à diriger le concile, car en ce cas la restriction de la liberté vient d'un principe d'ordre interne et légitime, et non pas d'une pression extérieure et illégitime. Le concile ne serait pas illégitime si, comme il est déja arrivé dans bien des conciles, par exemple dans tous les conciles tenus pour appliquer des décisions déja existantes du Pape, le Pape ordonne l'acceptation de sa sentence sans discussion. Une telle pression diminuerait tout au plus l'efficacité morale du concile. Par contre, l'expulsion violente des légats du Pape au fameux latrocinium (brigandage) d'Éphèse est considérée par les catholiques, et à juste titre, comme une violation brutale de la liberté d'un concile. La sentence de la majorité, ou même une sentence unanime, si elle est séparée de la contribution personnelle du Pape, n'est pas la sentence de l'intégralité de l'Église enseignante, et ne peut donc prétendre à l'infaillibilité. Une telle sentence n'obligerait pas les évêques absents à y assentir, ni le Pape à la confirmer. Tout au plus permettrait-elle au Pape de la confirmer, ou bien de dire qu'il parle "avec l'approbation du concile sacré" (sacro approbante concilio).

Le concile du Vatican, même dans sa quatrième session, peut être cité comme exemple d'un concile possèdant éminemment, non seulement les éléments essentiels, mais aussi ce que nous pouvons appeler les perfections. Le nombre d'évêques présents était le plus grand jamais réalisé, que ce soit en termes absolus ou en proportion à la totalité des évêques du monde ; la discussion fut très libre, poussée et exhaustive ; on invoqua la tradition universelle, présente et passée, pour y trouver non pas directement la doctrine discutée, mais son principe fondamental, qui est le devoir d'obéissance au Saint-Siège et la conformité à Sa foi ; il y eut une unanimité absolue dans la sentence finale, et déja une majorité écrasante dans le jugement préparatoire.

Les décrets des conciles généraux peuvent être trouvés dans les grandes collections de Labbe, Hardouin, Mansi, Catalani ; les décrets les plus importants sont donnés dans l'Enchiridion de Denzinger.
(à suivre)

chartreux
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Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre I : Fondements du savoir théologique

#142 Message par chartreux » mer. 13 févr. 2019 13:32

SWS traduit par le chartreux a écrit : Section 33. Les congrégations romaines, les conciles locaux et particuliers.

1. Les congrégations romaines sont des comités de cardinaux nommés par le Pape pour décider certaines questions de doctrine et de discipline qui apparaissent de temps à autre. Les congrégations les plus importantes sont les suivantes :

a. La congrégation du concile de Trente ;
b. La congrégation des évêques et réguliers ;
c. La congrégation de la propagation de la Foi (propagande);
d. La congrégation des Rites sacrés ;
e. La congrégation de l'Index des livres prohibés ;
f. La congrégation du Saint Office (l'Inquisition).

Il faudrait aussi ajouter les pénitenceries, qui sont des tribunaux dont le rôle est de d'absoudre de certaines censures et de donner des dispenses en des matières de voeux et d'empêchements matrimoniaux. Ils jugent également les cas moraux qui leur sont soumis.

Ces congrégations ont pour principale fonction l'administration, ou si l'on nous permet ce mot, la police générale de la doctrine et de la discipline. C'est leur devoir de poursuivre les délits contre la foi et les meurs, d'interdire les écrits dangereux, et d'attacher des censures aux opinions dont la profession est peccamineuse. Leurs décisions ne sont jamais sans appel, par ce que la finalité est inséparable de l'infaillibilité. Bien qu'ils agissent au nom du Pape, leurs décrets sont les leurs et pas ceux du Pape, même quand le Pape les a approuvés. En revanche, si le Pape émet une décision fondée sur l'avis d'une congrégation, la décision est sienne et pas seulement celle de la congrégation. Quelle est donc le niveau précis d'autorité des congrégations romaines ?

2. Les décrets doctrinaux des congrégations, qui ne sont pas confirmés pleinement et explicitement par le Pape, ne sont pas infaillibles. Ils possèdent cependant une présomption si forte en leur faveur qu'on leur doit soumission y compris au for interne. La raison de cela est évidente. Les congrégations sont composées d'hommes d'expérience des tendances et écoles les plus diverses ; elles procèdent avec la plus grande prudence et la plus grande attention, et représentent la tradition de l'Église Romaine que le Saint-Esprit protège particulièrement. Nous pouvons ajouter que leur décrets ont rarement eu besoin d'être réformés. C'est pourquoi Pie IX dit que les catholiques instruits doivent "se soumettre aux décisions doctrinales des congrégations pontificales " (Bref à l'archévêque de Munich, Tuas Libenter, 1863).

3. Si le Pape confirme pleinement et explcitement un décret, ce décret devient infaillible. Il n'est cependant pas toujours facile de déterminer si cette confirmation parfaite a été donnée ou pas. Certaines formules comme le simple approbavit, peuvent ne rien signifier de plus qu'une acte de supervision en tant que chef de la congrégation, et pas en tant que chef de l'Église.
(à suivre)

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Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre I : Fondements du savoir théologique

#143 Message par chartreux » jeu. 14 févr. 2019 11:59

SWS traduit par le chartreux a écrit : II. Les conciles locaux ou encore particuliers sont des assemblées d'évêques d'une même nation ou province. Quand le concile est composé d'évêques d'une seule province, il est appelé concile provincial ; quand des évêques de provinces différentes sont présents, il est appelé concile national ou encore plénier. Ainsi, en Angleterre où il n'y a qu'une seule province, les conciles anglais sont appelés "conciles provinciaux de Westminster". Il y a quatre provinces en Irlande, et ainsi à un concile national irlandais doivent être présents des évêques des quatres provinces. Aux États-Unis les conciles locaux sont habituellement appelés conciles "pléniers" (plenary). La décision de tenir un concile particulier doit être approuvée par le Saint-Siège. Les évêques y agissent en vertu de leur pouvoir ordinaire, non comme des légats du Pape ; il est cependant normal qu'ils agissent en union avec leur chef. Les décrets aussi doivent être soumis à l'approbation de Rome. Cette approbation et soit simple soit solennelle (approbatio in forma simplici, approbatio in forma solemni). La forme simple, qui est la plus commune, est une simple supervision, et émane de la congrégation responsable du concile. La forme solennelle veut dire que le Saint-Siège fait siens les décrets, et est rarement concedée. Le cas des conciles provinciaux contre le pélagianisme est un exemple bien connu. Plus près de nous, Benoît XIII a donné son approbation solennelle aux décrets du concile d'Embrun. Sans cette approbation solennelle, les décrets ne sont pas infaillibles. La présomption de vérité en leur faveur dépend en partie du nombre, de la compétence personnelle des évêques présents, et en partie de la forme des activités du concile et de la manière de formuler dans les décrets. Les affirmations péremptoires et formelles qu'une doctrine est catholique, ou la condamnation d'une doctrine comme érronnée, ne seraient pas tolerées par le Saint-Siège si l'affirmation ou la condamnation n'était pas en accord avec Rome. Ainsi la simple approbation de décrets de ce type constitue déja une présomption de vérité très forte. Mais quand les décrets n'ont pas ce caractère formel et péremptoire, et ne sont que des exposés de doctrine ou de admonitions aux fidèles, la présomption en leur faveur n'est pas si forte.

Cf. Bellarmin, De Conciliis; Benoît XIV, De Synodo Diocesana, 1. xiii. c. 3. Les décrets des divers conciles provinciaux et particuliers peuvent être trouvés dans les grands receuils de conciles nommés plus haut. Les décrets les plus récents sont énumérés dans la Collectio Lacensis (Herder, Freiburg). Les conciles de Westminster, qui sont au nombre de quatre, ont été publiés par Burns et Oates. Le concile irlandais le plus important est le concile de Thurles qui s'est tenu en 1851. Il y a eu trois conciles pléniers à Baltimore aux États-Unis, en 1852, 1866 et 1884.
(à suivre)

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Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre I : Fondements du savoir théologique

#144 Message par chartreux » sam. 16 févr. 2019 15:48

SWS traduit par le chartreux a écrit : Section 34. Les censures dogmatiques.

I. Le concile du Vatican dit ceci du droit de censure de l'Église :
Dei Filus, chap.4 a écrit : l'Église, qui a reçu, avec la mission apostolique d'enseigner, le mandat de conserver le dépôt de la foi, a reçu de Dieu le droit et le devoir de proscrire la fausse science afin que personne ne soit trompé « par la philosophie et des enseignements trompeurs». C'est pourquoi pour tous les chrétiens fidèles il y a non seulement interdiction de défendre comme conclusions légitimes de la science les opinions qu'ils savent être contraires à la doctrine de la foi, surtout lorsqu'elles ont été réprouvées par l'Eglise, mais encore obligation absolue de les considérer comme des erreurs qui se couvrent de l'apparence trompeuse de la vérité.

Cf. aussi le bref Gravissimas inter de Pie IX.

II. Les censures dogmatiques exigent strictement le devoir d'assentiment sans réserve. En matière de foi et de moeurs, elle donnent une certitude absolue que les doctrines ou propositions censurées doivent être rejetées de la manière explicitée par la censure qui s'appliquent sur elles. Parfois, l'obligation de se soumettre au jugement de l'Église est expressément mentionnée ; dans la bulle Unigenitus par exemple, on lit : "Nous défendons à tous les Fidèles de l’un et de l’autre sexe, de penser, d’enseigner, ou de parler sur lesdites Propositions autrement qu’il n’est porté dans cette Constitution". Dans ce cas, l'infaillibilité de la censure est incluse dans l'infaillibilité en matière de foi et de moeurs qui appartient à l'Église enseignante, par ce que la somission à la censure devient alors un devoir moral. Il n'y a pas lieu ici de distinguer entre les differents degrés de censure, des plus mineures aux plus graves (les cas d'hérésie). De plus, ces censures nous engagent non seulement en raison de l'obéissance due à l'Église, mais aussi en raison de la certitude qu'elles nous donnent de la fausseté ou du danger des doctrines censurées. Adhérer à de telles doctrines est un peché grave, en raison de la force de l'interdiction ecclésiastique sanctionnée par les punitions les plus lourdes, et aussi par ce que presque toujours la censure elle-même décrit l'adhésion à la doctrine condamnée comme gravement peccamineuse. Le devoir de rejeter une doctrine censurée inclut le devoir de reconnaître la doctrine contraire, et même de la considérer comme la seule légitime et sensée. Ce devoir dérivé n'est pas affirmé expressément dans la censure elle-même, mais découle clairement de la considération de la portée de la censure et de ses suites. Dans le cas de censure qui exprime le jugement de l'Église de façon catégorique, avec des termes tels que "hérésie", "erreur", "faux", "blasphématoire", "impie", et aussi dans les cas où une certitude morale est exprimée, comme lorsqu'il est dit "proche de l'hérésie", "proche de l'erreur", "téméraire", cela est incontestable.
(à suivre)

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Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre I : Fondements du savoir théologique

#145 Message par chartreux » lun. 18 févr. 2019 8:33

SWS traduit par le chartreux a écrit : Il peut y avoir doute concernant d'autres censures, qualifiant une doctrine de "mauvaise", de "douteuse" ou de "risquée", ou bien s'il y a une simple condamnation sans qualificatif particulier. On peut se demander d'il est de notre devoir de tenir pour moralement certaine la fausseté de la doctrine condamnée, ou bien s'il suffit de s'abstenir d'y adhérer. En règle générale, cela ne suffit pas.

III. Le jugement de l'Église est tout aussi infaillible quand elle condamne des doctrines et des propositions dans le sens voulu par tel auteur précis. Cette infaillibilité est déja contenue dans l'infaillibilité de la censure elle-même quand on ne peut établir de distinction entre le sens littéral et le sens voulu par l'auteur. Mais là où cette distinction s'applique, l'infaillibilité du jugement concernant le sens voulu par l'auteur est déja pratiquement contenue dans l'infaillibilité de la censure elle-même. L'Église tantôt condamne une citation exacte, tantôt reformule la pensée de l'auteur avant de condamner. Dans le premier cas, la condamnation vaut aussi bien pour le contexte que pour la proposition ; dans le second cas il y a une double censure, une sur la proposition reformulée par le juge, et une autre sur le texte original qui contient le sens reformulé. Dans un cas ou dans l'autre, la censure ne pourrait être infaillible, si elle n'était pas infaillible dans la détermination du sens voulu par l'auteur. C'est pour cette raison que l'Église ne fait pas de jugement séparé établissant qu'un texte contient un certain sens ; elle attache simplement la censure au texte tel qu'il est.

Ces diverses distinctions ont été d'une grande importance lors de la controverse janséniste. Les jansénistes reconnaissaient que les cinq propositions censurées par Innocent X était dignes de condamnation, mais niaient que ces propositions se trouvassent dans les ouvrages de leur maître.
(à suivre)

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Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre I : Fondements du savoir théologique

#146 Message par chartreux » mar. 19 févr. 2019 9:17

SWS traduit par le chartreux a écrit : Section 35. Le développement du dogme.

I. Les vérités qu'il a plu à Dieu de révéler à l'humanité n'ont pas été communiquées toutes en même temps. Avec le passage du temps, les patriarches tardifs disposaient d'un fonds plus important de vérités révelées que leurs prédécesseurs ; et les Prophètes avaient une part encore plus grande. Mais quand l'Église a été fondée, la révélation est arrivée à son terme (§6). L'infaillibilité de l'Église exclut mainfestement tout changement dans des dogmes déja définis. Il est évident cepedant que l'Église n'a pas toujours possedé le même degré de connaissance directe des divers points de doctrine, et ne les a pas toujours appliqués comme cela se faisait au temps des Apôtres. Que dire de cette différence ?

II. 1. La terminologie est certes plus précise et claire dans les documents les plus récents, mais la difference de mots à elle seule ne suffit pas à tout expliquer.

II. 2. L'analogie avec un rouleau graduellement déroulé ou un coffret dont on tire régulièrement des nouvelles choses ne suffit pas non plus, bien qu'elle contienne sans doute une part de vérité.

3. Ce serait une meilleure comparaison de dire que les doctrines définies plus tardivement sont contenues dans les plus anciennes comme la conclusion d'un syllogisme est contenu dans les prémisses. C'est donc admettre qu'il y a eu un développement réel, quoique uniquemement logico-déductif, dans la doctrine de l'Église. Tel est l'argument de S. Augustin dans sa discussion de la rebaptisation des hérétiques. Selon lui, un dogme peut passer par trois étapes successives : (1) croyance implicite ; (2) controverse ; (3) définition explicite. Ainsi, dans les premiers âges de l'Église, la validité du baptême hérétique était implicitement admise par la pratique de ne pas renouveler le baptême. Mais quand la question commença à être discutée, il y avait apparamment des arguments solides à la fois pour et contre la validité. À ce stade, les maîtres les plus orthodoxes pouvaient à bon droit ne pas être d'accord, comme cela a effectivement eu lieu. La question a finalement été décidée, et depuis lors toute discussion ultérieure est illicite dans l'Église. (De Bapt., II. 12-14; Migne, ix. 133. Cf. aussi Franzelin, De Trad., thes. xxiii.)

4. Peut-on aller plus loin et parler d'un développement organique ? Dans le cas d'un développement purement logico-déductif toutes les conclusions sont déja contenues dans les prémisses, et en sont simplement extraites, tandis que pour un développement organique les résultants sont en puissance seulement dans les germes qui les produisent (Marc 4:28-32). Dans un développement organique il n'y a pas d'altération ou de corruption, et il n'y a pas seulement addition et accrétion ; il y a vitalité, absorption, assimilation, croissance et permanence. Considérons par exemple les doctrines mentionnées plus haut. L'Écriture enseigne seulement qu'il n'y a qu'un Dieu, et parle pourtant du Père, du Fils et de l'Ésprit-Saint, et parle de Jésus-Christ à la fois comme homme et comme Dieu. Ce n'est qu'après quelques siècles que ces vérités ont été cisélés dans les définitions que nous sommes obligés de croire aujourd'hui. Qui peut douter que pendant ces siècles l'enseignement primitif a absorbé en lui-même les élements grecs appropriés, et que ce processus est comparable à la croissance d'un organisme ? (Supra, p. xx) Cette vision d'un développement organique de l'enseignement de l'Église fournit une réponse conclusive à ceux qui nous demandent de trouver chez les autorités anciennes l'équivalent exact de ce que nous croyons et pratiquons aujourd'hui. Autant vaudrait chercher les branches et feuilles d'un arbre à l'intérieur du gland dont il est sorti.
(à suivre)

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