Les austérités

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Laetitia
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Les austérités

Message par Laetitia »


LES AUSTÉRITÉS
extraits de l'ouvrage du Chanoine M.-J. RIBET, L'ascétique chrétienne, Paris, 1913.

L'ascétique chrétienne, chapitre XLII a écrit :

Troisième moyen extérieur de la perfection chrétienne : Les austérités

Notion.

I.— Par austérités nous entendons les pratiques extérieures qui ont pour but de mortifier la chair. Que ces rigueurs volontaires soient inspirées par le regret des péchés commis ou par une sage prévoyance qui tient le corps en servitude, elles procèdent de l'esprit de pénitence.

Nous n'avons pas à démontrer ici la nécessité de la mortification pour la vie chrétienne (1) et en particulier pour la perfection. Il suffit à notre dessein d'indiquer le rapport des œuvres extérieures de pénitence avec la perfection. (2)


(1). Gal. X, 24 : Qui autem sunt Christi, carnem suam crucifixerunt cum vitiis et concupiscentiis.
(2). Voir ch. 12, de la Sensualité, p. 115.
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Re: Les austérités

Message par Laetitia »

Elles témoignent de la bonne volonté.

II. — Le caractère de ces austérités étant d'être volontaires, elles témoignent tout d'abord en faveur de la bonne volonté. La gêne, la souffrance sont difficiles à soutenir, et la plupart des hommes ne les subissent que parce qu'ils ne peuvent s'y soustraire.

Quand donc on a le courage, non seulement de les accepter, mais de se les infliger soi-même, il y a dans cet acte pris en soi un indice que l'on veut être sincèrement à Dieu et que, pour devenir parfait, on est décidé à combattre les convoitises déréglées, puisque l'on va au delà de ce qui est rigoureusement exigé.

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Message par Laetitia »

Elles matent la chair.

III. — Un autre effet plus appréciable des austérités est qu'elles matent le corps, et, selon la belle expression de sain Paul (1), le réduisent en servitude.

La chair tend à dominer aux dépens de l'âme, et pourtant c'est l'âme qui doit commander.

Par les privations et les châtiments, on le ramène à l'ordre, on le remet à sa place, il redevient ce qu'il doit être, l'esclave, et non le maître.


(1). I Cor. IX, 27 : Castigo corpus meum et in sevitutem redigo.
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Message par Laetitia »

Elles associent au Divin crucifié.

IV. — Mais l'efficacité la plus directe de ces mortifications volontaires vient de ce qu'elles unissent et associent au divin Rédempteur.

Jésus-Christ a racheté le monde par la souffrance volontaire, et en Lui tout, jusqu'à la mort, a été subi librement.

C'est un des plus ardents désirs de son Cœur de prolonger cette expiation, non plus en sa chair, qui n'a plus rien de passible, mais dans ses membres mystiques soumis encore à la loi de la mortalité.

Les âmes les plus aimantes entrent dans ces dispositions et permettent à l'adorable Victime de souffrir encore en elles, disant avec saint Paul (1) : « J'accomplis dans ma chair ce qui manque à la passion de Jésus-Christ. »

Si cette association est sincère, rien ne saurait concourir plus efficacement au dégagement de la créature, et à l'union avec Dieu qui fait la perfection.


(1). Col. I, 24 : Adimpleo ea quae desunt passionum Christi in carne mea, pro corpore ejus, quod est Ecclesia.
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Re: Les austérités

Message par Laetitia »

Danger d'exténuer corps.

V. — Le croirait-on ? Il peut s'attacher des dangers à ces pratiques de pénitence.

Le premier est celui d'exténuer le corps au delà des limites. Les mortifications qui ne sont pas réglées par la prudence épuisent les forces, et souvent, pour n'avoir pas su se modérer, on en vient à ne pouvoir plus soutenir les pénitences les plus communes et les devoirs les plus ordinaires de la vie chrétienne. Il vaut mieux tenter moins, et maintenir d'une manière constante l'empire de l'âme sur le corps.

« Généralement, dit saint François de Sales (1), il est mieux de garder plus de forces corporelles qu'il n'est requis, que d'en ruiner plus qu'il ne faut. Car on peut tousjours les abattre quand on veut, mais on ne les peut pas réparer tousjours quand on veut. »


(1). Introduct., 3e p., ch. 23.
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Re: Les austérités

Message par Laetitia »

Est-il permis d'abréger sa vie par les rigueurs de la pénitence ?

VI. — En admettant que par l'énergie de la volonté on persévère dans ces rigueurs, est-il permis de les pousser jusqu'à abréger sa vie ?

Les mondains répondent hardiment qu'il y a là un crime. Les théologiens sont moins affirmatifs et commencent par distinguer.

Si l'on se livrait aux macérations avec l'intention expresse et directe de hâter la mort, il y aurait certainement matière à péché mortel.
Refuser, par exemple, toute nourriture ou en prendre à peine, à s'imposer un travail excessif, exercer sur son corps des cruautés qui le déchirent et brisent, et cela pour en finir avec la vie, c'est tout simplement un suicide, que l'on soit chrétien ou non, que l'on donne à ces actes les apparences de la pénitence ou tout autres (1).

Il n'en est pas de même s'il s'agit d'embrasser un genre de vie dont les austérités auront pour effet probablement, sûrement si l'on veut, d'abréger la vie, non pour ce résultat, mais en se proposant une fin surnaturelle de perfection et de salut. Non seulement cela est licite, c'est encore louable et méritoire.

Mais, comme l'observe Benoît XIV (2), il n'est nullement certain que les abstinences et les autres austérités, telles qu'on les pratique dans la vie religieuse, ou même celles que tant de saints ont exagérées, s'il est permis de parler de la sorte, aient cet effet de hâter la mort : l'extraordinaire longévité de plusieurs de ces saints, comme saint Paul l'Ermite, saint Antoine, saint Hilaire, et d'une multitude d'anachorètes et de religieux tendrait plutôt à prouver le contraire. Les excès de table ou de travail que l'on ne songe pas à réprouver font périr plus de monde que les rigueurs de la pénitence chrétienne.(3)

Ajoutons avec Alvarez de Paz (4) que Dieu appelle parfois certaines âmes à des austérités qui peuvent paraître excessives, à en juger par la loi commune ; mais il donne aux directeurs des marques de sa volonté, et aux sujets des forces qui les élèvent au-dessus de la nature.

Le danger des mortifications corporelles se rencontre seulement en celles qui sont indiscrètes, qui ne sont pas réglées par la prudence et une sage direction.(5)


(1). (1). Carrière, de Justitia, n.855, t. 2, p. 473 : Sed posito quod reipsa, sive exausteritatum extraordinario rigore, sive ex debili valetudine subjecti, vita brevianda sit, quid sentiendum ? Haec occurrunt apud Benedict. XIV, de Beatif. I. 3, c. 29, n.6. Si quis eas austeritates adhibeat ut moriatur, vel ut terminum vitæ breviorem sibi constituat, communis est sententia theologorum id illicitum esse, et sine gravi peccato fieri non posse. Sed seclusa ea intentione, si quis asperum vitæ genus amplectatur ob finem supernaturalem, ut Deo videlicet inserviat, ut concupiscentiam frænet, etsi prævideat illud sibi esse mortem accelereturum, vera est theologorum sententia id licite et cum merito fieri posse.
(2) De Beatific. I. 3, c. 29, n. 4. : Primo docent theologi assumentum immodicas abstinentias, et similia, ut moriatur, velut breviores sibi constituat naturales vitæ terminos, graviter peccare. Secundo, probabile est, non tamen certum, ex dictis, et abstinentiis similibus eosdem terminos abbreviari, ut ex Hippocrate colligitur ; quin etiam S. Paulus primus eremita aliique rigidissimi pœnitentes vitam longius produxerunt. Tertio, licitum, et meritorium est amplecti asperum vitæ genus ob finem supernaturalem, licet inde mors celerius adventura prævideatur, dummodo non intendatur.
(3) Platus, de Bono status religiosi p. 3, c. 28.
(4) De Vita spirit. t. 3, p. 1247 : Aliqui ad extraordinarium vitæ modum et ad magnas coproris afflictiones vocantur, qui per gratiam multum supra naturam et supra communes homines possunt, quis oportet suscipere et regulis communibus non obligare.
(5) Carrière, de Just. n.855, p. 474 : Agnoscunt tamen auctores illud non intelligendum de austeritatibus immodicis, quæ non essent secundum prudentiæ regulas ordinatæ, et præsertim quæ absque obedientiæ subsidio et sapientis directoris consilio fierent ; si enim sanitati notabiliter officiant, et sint manifeste occisivæ, in his non currit motivum virtutis, sed potius absunt exercitio virtutum.
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Re: Les austérités

Message par Laetitia »

Péril des vaines complaisances.

VII. — Le danger que nous venons de signaler regarde le corps : un autre plus grave, qui touche l'âme, est de nourrir l'amour-propre.

La nature humaine est ainsi blessée par le péché qu'elle n'évite un écueil que pour tomber dans un autre. Le triomphe de l'âme sur le corps jette dans une vaine satisfaction, surtout quand on se compare à la foule si avide de jouissances, si attentive à éviter les privations et la douleur.

Au lieu d'imprimer à la pénitence le cachet de l'humilité, on se complaît en soi-même et l'on se préfère aux autres, ce qui est le propre de l'orgueil.

Mieux vaudrait rester plus bas pour ne pas trouver dans sa vertu l'occasion de s'élever contre Dieu.

Ces vaines complaisances sont souvent punies de chutes profondes qui remettent sous le joug humiliant des passions sensuelles. On a vu de prétendus pénitents qui frappaient le vulgaire par l'ostentation de leurs austérités, et se livraient en secret aux turpitudes charnelles.

Un des signes de la pénitence orgueilleuse et fausse est la sévérité à juger les autres et la confiance en sa propre vertu. C'est l'inverse de la pénitence humble qu'inspire l'esprit de Dieu (1).


(1). Bona, Principia vitae christ. § 38, p. 67 : Qui hoc spiritu (divino) imbutus est, peccata sua ante oculos habet, aliena post tergum ; de suis dolet, aliena non respicit ; sua castigat, aliena excusat. Periculum timet in quibus versatur, quæ multa sunt et assidua abservatione præcavenda.
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Re: Les austérités

Message par Laetitia »

Les mortifications les plus fructueuses sont celles qui s'attachent à la condition de chacun.

VIII. — Après ces réflexions sur l'utilité et les abus des macérations corporelles, indiquons les principales formes que ces rigueurs peuvent revêtir.

Il faut placer en première ligne les pénitences qui s'attachent à la condition, comme les travaux, les veilles, les privations, les infirmités que la divine Providence impose. Par elles-mêmes, ces peines, provenant du genre de vie auquel on est astreint, semblent différer des austérités dont nous parlons, et qui ont pour caractère d'être spontanées. Mais par l'acceptation que l'on en fait, elles prennent le mérite des actions libres, et apportent avec elles une plus grande certitude qu'elles plaisent à Dieu, parce qu'elles procèdent de sa divine volonté, non de notre choix.

Les exercices de la vie religieuse gardent particulièrement l'empreinte des pénitences volontaires, puisqu'on les a embrassées volontairement et dans le dessein d'y assujettir la chair à l'esprit. Saint François de Sales, et à sa suite Bossuet, qui fut un grand directeur, avaient pour règle de conduite de peu conseiller et permettre des austérités de surérogation aux religieuses, leur répétant que la parfaite observation des règles monastiques devait leur suffire, à l'exemple du bienheureux Berchmans, dont la maxime favorite était : « La vie de règle est ma plus grande pénitence ».
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Re: Les austérités

Message par Laetitia »

Les austérités volontaires les plus recommandables sont celles que l'Église a coutume d'imposer.

IX. — Parmi les austérités que l'on choisit soi-même, les plus recommandables sont celles que l'Église a coutume d'imposer.

C'est d'abord la prière. Tandis qu'elle nourrit l'âme en ouvrant sur elle la source de la grâce, la prière fatigue le corps et l'assujettit. Elle exige la vigilance et l'effort de l'esprit pour prévenir et contenir les distractions, et, par une suite du péché originel, ce qui devrait délecter l'homme lui est un travail. En outre, la prière doit accompagner, du moins par les dispositions intérieures du cœur, toutes les pénitences extérieures, pour les vivifier et les diriger vers Dieu.

Le jeûne a toujours été en grand honneur parmi les pratiques de pénitence et de religion, et de temps immémorial l'Église chrétienne a coutume de l'imposer aux fidèles pendant tout le carême, à certains jours et en certaines circonstances. Le corps vit et prospère par la nourriture : en lui retranchant ou en diminuant les aliments, on l'affaiblit, on le contient, on le soumet au joug.

L'abstinence accompagne le jeûne. On entend ce mot du retranchement de la viande, mais l'abstention peut s'étendre à tout ce qui flatte le goût, donne de la vigueur au corps ou surexcite sa sensibilité, comme le vin et les boissons enivrantes.

En général, il n'y a pas de vraie pénitence, si elle n'atteint pas le goût, le manger et le boire ; la tempérance suppose, non seulement la mesure, mais aussi l'abstinence ; à plus forte raison la pénitence.

Les prescriptions liturgiques recommandent certaines attitudes comme favorables à la supplication humble et pénitente : les plus communes sont de se tenir à genoux, d'étendre les bras, de se prosterner.

Les veilles étaient autrefois régulièrement pratiquées aux jours que nous appelons encore les vigiles des fêtes. Les fidèles passaient la plus grande partie de la nuit à chanter les louanges de Dieu. Ces pieuses coutumes revivent aujourd'hui dans les adorations nocturnes du Saint-Sacrement.
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Re: Les austérités

Message par Laetitia »

Les pèlerinages.

X. — Les voyages étaient encore dans les âges de foi une des formes de la pénitence, mais les pèlerinages faits à pied et en demandant l'aumône.

On allait surtout à Jérusalem, à Rome, à Compostelle en Galice pour honorer saint Jacques le Majeur, à Tours au tombeau de saint Martin.
(à suivre)
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