Résumé de théologie dogmatique, Livre II : Dieu

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chartreux
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Re: Résumé de théologie dogmatique, Livre II : Dieu

#231 Message par chartreux » mer. 07 oct. 2020 11:36

SWS, Livre II, II, C3, §98 traduit par le chartreux a écrit :
VIII. En fait, la formule grecque a une origine aussi naturelle, un sens aussi bon que la formule latine : elle a même sur celle-ci un avantage relatif. Son origine provient de ce que l'Écriture sainte, quand elle exprime les opérations du Père, le désigne comme le principe duquel (ex quo, ἐξ οὖ) tout vient, et le Fils comme le principe par lequel (ex quod, δἰ οὖ) tout est créé, et surtout comme la voie par laquelle tout vient du Père et tout retourne à Lui. Elle provient aussi de ce que toute la controverse sur la divinité du Saint-Esprit, décrite ci-dessus, amenait naturellement son fréquent emploi.

Elle se prête à un bon sens, 1) parce qu'elle présente le Père et le Fils comme deux principes agissant l'un dans l'autre, et non à côté l'un de l'autre, ou séparés ; 2) elle fait ressortir la position spéciale qu'occupent le Père et le Fils à l'égard du Saint-Esprit : le Fils ne paraît que comme principium de principio, tandis que le Père figure comme principium sine principie et principium de principii. On voit par là l'avantage relatif de cette formule : ce que la formule ex Patre et Filio ne contient que matériellement, et ce que les Latins ont dû compléter par ces mots : tanquam ab uno principio et licet pariter ab utroque a Patre principaliter (ou originaliter), elle le dit d'elle-même. Son seul inconvénient, c'est que l'égale participation du Fils et du Père, n'y est pas aussi nettement énoncée que dans la formule latine.
(à suivre)

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#232 Message par chartreux » jeu. 08 oct. 2020 11:58

SWS, Livre II, II, C3, §98 traduit par le chartreux a écrit :

IX. D'autres raisons pour lesquelles les Grecs insistaient particulièrement sur cette formule, se tirent de la manière dont ils concevaient le dogme. Leur conception, comparée à celle des Latins, peut s'appeler une conception organique, où les deux productions divines, la génération et la spiration, se révèlent comme un mouvement qui se continue en ligne directe. La seconde procède de la première, avec laquelle elle est en relation intime, essentielle, vivante ; de sorte que non-seulement la seconde suppose nécessairement la première, mais que la première contient nécessairement la seconde, y aspire et s'y termine. Les Pères grecs, en effet, considèrent les productions trinitaires comme un mouvement par lequel la divinité passe du Père au Fils et du Fils au Saint-Esprit, en traversant en quelque sorte le Fils. De là vient que pour éclaircir leur pensée ils empruntent à la nature organique ces sortes de comparaisons qui montrent la production d'une chose par une autre : la racine, le tronc, la fleur, le soleil, l'éclat, le rayon. Quant à la raison intime de cette conception, elle consiste en ce que les Pères considèrent la production du Fils comme une manifestation de la vérité du Père, et celle du Saint-Esprit comme une manifestation de la sainteté fondée dans la vérité, ou le Saint-Esprit comme l'Esprit de vérité. Cf Jean 15.
(à suivre)

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#233 Message par chartreux » ven. 09 oct. 2020 10:50

SWS, Livre II, II, C3, §98 traduit par le chartreux a écrit :
À ce point de vue, la production du Saint-Esprit, en tant qu'elle est attribuée au Père, se présentait comme ayant lieu par l'entremise de la génération du Fils, et c'est pour la distinguer de la génération qu'on la désignait par le nom propre de προβολή ou ἔκπεμψις. Tous les termes utilisés exclusivement pour désigner la génération du Fils ou la spiration du Saint-Esprit, s'expliquent par les remarques qui viennent d'être faites sur cette conception organique des productions de la Trinité. Les Grecs étaient d'autant plus enclins à maintenir exclusivement la forme d'expression qui répondait à leur conception organique du dogme, que, s'ils s'en écartaient, s'ils renonçaient à dire que le Saint-Esprit est au Fils ce que le Fils est au Père, c'est-à-dire comme la parole et l'image, on courait risque, en se fondant sur les rapports qui existent entre des personnes humaines, de ne voir dans le Saint-Esprit que le Fils du Fils et le petit-fils du Père. Si à côté et en même temps que διὰ ils avaient employé le terme ἐκ, cela aurait paru signifier que le Saint-Esprit est du Fils absolument de la même manière que le Fils est du Père, par la génération ; qu'il est médiatement et non pas immédiatement du Père.
(à suivre)

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#234 Message par chartreux » sam. 10 oct. 2020 6:27

SWS, Livre II, II, C3, §98 traduit par le chartreux a écrit :
L'ex Filio semblait donc isoler, séparer le Fils du Père dans la production du Saint-Esprit ; il semblait impropre, parce qu'il ne paraissait pas montrer le Saint-Esprit tel qu'il est, appartenant aux deux de la même manière. Pour la même raison, on trouvait inconvenant de dire simplement que le Fils est le principe, αἰτία, du Saint-Esprit, parce qu'on semblait dire que tout en étant, comme le fils d'un père humain, un principe produit par lui et sortant de lui, il était cependant substantiellement distinct de lui et agissait isolément. On se borna donc à dire que le Fils est le principe intermédiaire par lequel le Saint-Esprit reçoit son existence, tandis que le Père est le principe unique et absolu d'où procède le Saint-Esprit aussi bien que le Fils. Cette expression signifiait tout simplement que le Saint-Esprit ne procède du Fils qu'autant que le Fils est et demeure dans le Père en vertu de sa filiation ; elle disait la même chose que ce que les Latins entendent par ces paroles : Le Fils et le Père sont un seul et même principe du Saint-Esprit.
(à suivre)

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#235 Message par chartreux » lun. 12 oct. 2020 13:56

SWS, Livre II, II, C3, §98 traduit par le chartreux a écrit :
X. Selon le point de vue des Latins, tel qu'il s'était développé déjà depuis saint Ambroise et saint Jérôme, et qu'on pourrait appeler le point de vue personnel, la production du Saint-Esprit ne se présente pas comme un écoulement direct et continu de la production du Fils, mais comme un acte dans lequel la personne qui résulte de la génération, manifeste formellement, à raison de son unité et de son égalité avec son principe, son union personnelle avec ce principe : ils sont tous deux comme deux êtres subsistant l'un à côté de l'autre et donnant au Saint-Esprit ce qu'ils ont en commun. D'après les Latins, en effet, le Saint-Esprit est le lien, le gage, l'amour mutuel du Père et du Fils (de l'original et de la copie), par lequel l'un rend à l'autre un égal amour et un honneur égal.
(à suivre)

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#236 Message par chartreux » mar. 13 oct. 2020 11:23

SWS, Livre II, II, C3, §98 traduit par le chartreux a écrit :
À ce point de vue, il était tout-à-fait naturel de dire que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils ; on devait même trouver étrange que le Fils ne fût pas mentionné dans une formule de la procession du Saint-Esprit. D'un autre côté aussi, on devait s'étonner de voir, comme faisaient les Grecs, mettre le Saint-Esprit en rapport direct avec le Fils seul, comme étant son image ; mais on ne pouvait pas concevoir que l'expression ex Patre et Filio établit une séparation entre les deux. Si l'on se sentit porté à rejeter la formule per Filium, c'est uniquement parce qu'elle pouvait indiquer entre le Père et le Fils un rapport analogue à celui qui existe chez les hommes entre le père et la mère (cf. Aug., in Joan., tract. xcix). Si donc les Latins évitèrent le per Filium, c'était afin que le Saint-Esprit ne parût pas le fils du Père et du Fils, tandis que les Grecs évitèrent de dire "du Fils" pour empêcher que le Saint-Esprit parut comme le petit-fils du Père.

Pour l'histoire de l'introduction du mot Filioque dans le Symbole, lire Hergenrother, Photius, i., p. 692 et suiv. ; Franzelin, thes. xli.
(à suivre)

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#237 Message par chartreux » mer. 14 oct. 2020 11:22

SWS, Livre II, II, C3, §98 traduit par le chartreux a écrit :
XI. D'après ce qui précède, loin qu'il y ait contradiction intrinsèque dans les idées entre l'ancienne Église d'Orient et l'ancienne Église d'Occident, leurs vues se complètent et s'appuient mutuellement ; la première affirme aussi nettement que la seconde la procession du Saint-Esprit du Fils. Il est vrai qu'en soi la différence de langage était de nature à engendrer des malentendus ; mais ces malentendus, analogues pour le fond et la forme à ceux qu'avaient produits autrefois les termes d'hypostase et de personne, eussent été facilement dissipés, si l'esprit de chicane et les tendances schismatiques n'étaient venues s'y mêler du côté des Grecs, et si des lacunes de l'expression latine on n'avait pas abouti peu à peu à la négation de la doctrine orientale.
(à suivre)

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#238 Message par chartreux » jeu. 15 oct. 2020 11:18

SWS, Livre II, II, C3, §98 traduit par le chartreux a écrit :


C. L'hérésie du schisme.

On ne voit nulle part dans les anciens Pères orthodoxes de l'Église grecque une négation formelle et absolue de l'origine du Saint-Esprit du Fils. Si Photius eut en cela des précurseurs, ce furent d'anciens hérétiques grecs, les nestoriens et les monothélites, qui avaient mêlé cette question au débat, afin de mettre leurs adversaires en suspicion. Quant aux nestoriens, surtout à Nestorius lui-même, à Théodore de Mopsueste et à Théodoret, il est très vraisemblable qu'ils rejetaient l'expression "par le Fils" dans le sens où les Pères l'avaient reproché aux macédoniens, c'est-à-dire engendré ou créé par le Fils, de même qu'ils partaient de là pour accuser saint Cyrille de faire cause commune avec les macédoniens.
(à suivre)

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#239 Message par chartreux » ven. 16 oct. 2020 13:28

SWS, Livre II, II, C3, §98 traduit par le chartreux a écrit :
Les monothélites, au contraire, abusaient de l'imperfection du terme latin pour accuser l'Église d'Occident de favoriser le macédonianisme (il se peut aussi qu'ils aient mal interprété la formule grecque) ; mais ils furent réfutés par saint Maxime. Vers l'an 808, l'ancienne doctrine fut ouvertement niée à Jérusalem par quelques moines jaloux des Francs, jusqu'à ce que Photius vint arborer son schisme et attenter à la tradition grecque non moins qu'à la tradition latine, en niant que le Saint-Esprit procède du Fils : cette négation fut son dogme fondamental. Sur les Nestoriens et Théodoret, cf. Card. Newman, Historical Sketches, vol. ii.; Kuhn, §32 ; and Franzelin, th. xxxviii. Pour les sophismes audacieux de Photius, on pourra consulter Hergenrother, Photius, i, p. 400 et suivantes.
(à suivre)

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#240 Message par chartreux » sam. 17 oct. 2020 11:25

SWS, Livre II, II, C3, §98 traduit par le chartreux a écrit :
XIII. Le schisme de Photius a été le plus grand et le plus tenace qu'il y eût jamais dans l'Église. Cela étant, il n'est pas surprenant que l'hérésie de ce schisme ait poussé le schisme et la division au sein même de Dieu. Tous les schismes, sous prétexte de sauvegarder la monarchie du Christ, éliminent son représentant visible et bouleversent l'économie (οἰκονομἰα) de l'Église. L'hérésie photienne, elle, pour sauvegarder la monarchie du Père, sacrifie le Fils en tant que principe, et par là-même bouleverse, déchire et mutile en tous sens l'unité, la liaison et l'économie qui, selon les Pères grecs et les Pères latins, subsistent dans la Trinité.
(à suivre)

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