Un Saint Solitaire franciscain: Benoît-Joseph Labre

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Alexandre
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Un Saint Solitaire franciscain: Benoît-Joseph Labre

#1 Message par Alexandre » jeu. 04 févr. 2021 17:40

Un Saint Solitaire : Saint Benoît-Joseph Labre

Selon le Chanoine Gacquère, imprimatur 1953 & Card. Pie, panégyrique prononcé à la Cathédrale d’Arras, le 17.07.1860.

« Benoît Labre est une grande leçon donnée à un monde qui n’est plus chrétien. » Card. Pie.
« Car malgré son humilité, Benoît Labre a eu conscience de son rôle ; il a compris qu’il était une victime, un contrepoids, et qu’il serait une leçon. » Card. Pie.

« L’humilité est le fondement de la charité. Celui qui se méprise ne pense qu’à Dieu, et cette pensée n’est point vaine, car elle produit l’amour, et plus cette pensée est ferme, plus elle est constante et plus l’amour pour Dieu devient intense. » Notre Seigneur Jésus-Christ à Soeur Marie Lataste.

« Loin de considérer notre Saint comme un être diminué, c’est un héros de la virilité, un vainqueur du combat spirituel que nous devons saluer en lui, un émule prodigieux des martyrs, des anachorètes et des vierges. » Chanoine François Gacquère.

Amettes, « Au diocèse de Boulogne-sur-mer » (: ainsi Benoît-Joseph aimait présenter son pays natal) est né le 26 mars 1748, notre Saint.

Son père, Jean-Baptiste, était paysan cultivant 35 hectares de terre.
Sa mère, Anne-Barbe Grandsir, joignait à son activité de fermière un petit commerce de mercerie.
Une couronne de 15 enfants venait fleurir ce foyer patriarcal.
« Benoît était le premier-né. Il fut porté sur les fonds baptismaux dès le 27 mars. »
Les parents Labre-Grandsir « comptant l’un et l’autre des prêtres dans leur proche parenté, en attendant d’en élever deux parmi leurs enfants, habitués à sanctifier par la messe quotidienne leur dur labeur, ils inculquèrent à leur fils une éducation chrétienne peu commune.
C’était merveille de voir le bambin joindre les mains, s’agenouiller sur le pavé et murmurer les noms de Jésus-Marie-Joseph, puis servir la messe, orner le sanctuaire, écouter avec ravissement la parole de Dieu. Rentré de l’Église à la maison - ( l’un de l’autre sont proche)-, il montait dans sa chambrette et officiait à son tour, sans omettre les processions pour lesquelles il avait mobilisé, en guise de foule, son petit frère de trois ans.
Le jour de l’Adoration du Saint-Sacrement, solennité que venait d’instituer en 1753, dans son diocèse de Boulogne, Mgr Partz de Pressy, il le passait tout entier en contemplation de l’hostie exposée, « déjà tout pénétré qu’il était de sa majesté des lieux saints et de la sainteté des redoutables mystères. » C’est son jeune oncle l’abbé Vincent qui parle ainsi.
Il avait pris quelque temps chez lui, à la fermette de la Cauchiette, au bord de la chaussée, son neveu âgé de 5 ans, pour lui enseigner l’alphabet, sur un album dont les couvertures portaient les gravures du Paradis et de l’Enfer, puis l’art de servir la messe. Et tandis que le petit enfant s’acquittait de ses fonctions, ses yeux rêveurs fixaient un tableau des Ames du Purgatoire, conservé de nos jours ; son âme timorée en conçut à jamais une vive crainte de l’Enfer que la fréquentation du Père Lejeune ne ferait plus tard qu’aviver. « N’y eut-il qu’une seule âme damnée, nous devrions craindre d’être celle-là ! »

A suivre...

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#2 Message par Alexandre » ven. 05 févr. 2021 14:17

Un Saint Solitaire : Saint Benoît-Joseph Labre

Cardinal Pie : « Cette indigence volontaire du Fils de Dieu fait homme, cette condition d’abandon absolu et de dépendance de tous les moments entre les mains du Père Céleste, c’est une réalité qui doit toujours subsister sur la terre. »
Et : « Au dessus du suffisant et du nécessaire, il y a le suréminent et l’héroïque.Mais l’héroïque lui-même, s’il n’est nécessaire dans aucun individu, est nécessaire dans l’Église ; nécessaire, je l’ai dit, parce que Jésus-Christ doit être représenté au vif et comme tout entier dans chacun de ses membres ; nécessaire, en outre, parce que si certains types extraordinaires de la pénitence n’étaient montrés de temps en temps au monde, le monde finirait bientôt par oublier et par méconnaître les saintes rigueurs de la vie chrétienne, et la langueur du siècle prévaudrait contre l’austérité de l’Evangile. »

Poursuivons le récit de la vie de notre Saint :

« Une de ses petites sœurs étant retournée à Dieu à l’âge de quelques mois : «  Chère petite, murmurait-il, que ton sort est digne d’envie ! Que ne puis-je être aussi heureux que toi ! »
Du moins obtint-il du ciel de mourir précocement à lui-même par la pratique de la mortification.
Selon la déposition qu’en devaient faire ses parents, trente ans plus tard, au procès informatif de Boulogne, il se montrait indifférent à l’égard du vêtement et de la nourriture, celle-ci se présentât-elle « un jour de ducasse » (fête au village), sous la forme d’une tarte à la crème. Il était insouciant de ses aises, attentif à s’éloigner du feu en hiver, à coucher sur la dure, à tenir en secret les bras en croix.
Son horreur du péché allait jusqu’au scrupule : il parlait de juste prix sur le marché de Lillers (situé à 16 km de son village natal, Amettes) ; il courait faire amende honorable à Dieu sur une conversation très légère entendue ; il cessa d’aller faire la lecture pieuse dans la famille de la petite Destrée, celle-ci âgée de dix ans comme lui, parce que quelqu’un avait souri de leur rencontre.

L’écolier, en effet, n’avait pas plus tôt appris à lire qu’il était devenu lecteur assidu, à haute voix, de l’Evangile et des Saints, soit chez lui, soit chez les voisins, à « la série », à la lumière de la chandelle et du crachet, sinon de la flamme de l’âtre, que réverbéraient les plats dressés sur la « potière » ou dans la « drèche ». Et les clients de la mercerie de goûter les accents édifiant du jeune prédicateur !
Ce ne fût, chose surprenante, qu’entre dix et douze ans d’âge que notre lecteur apprit à écrire et se mit en mesure de signer autrement que d’une croix son nom de parrain , ce nom que des ciseaux pieusement sacrilèges n’ont pas plus respecté sur des registres paroissiaux que les canifs n’ont reculé devant poutres et planchers de chaumière.
Ce retard était imputable, non pas à quelque lenteur d’esprit de l’enfant, puisque ses maîtres d’école, ecclésiastique ou clerc-lai, d’Amettes et de Nédon, devaient témoigner à Boulogne, avec force anecdotes, qu’entre des milliers d’élèves ils n’en avaient rencontré « aucun doué d’autant de qualité », mais aux travaux, agraires ou domestiques, auxquels s’acharnait, au demeurant, le fils laborieux et serviable.

N’y avait-il point dans tous ces traits des marques de vocation sacerdotales ?
Dans cette présomption, les parents de Benoît acquiescèrent à la proposition que leur fit leur oncle, maître François Labre, docteur en théologie, curé d’Erin, de le recevoir en son presbytère et de l’initier aux études ecclésiastique.

[b]« Personne, en effet, n’aura la foi s’il ne commence par chasser l’orgueil de son âme et s’il n’y place l’humilité qui le soumet à la parole et à la révélation de Dieu. L’humilité est donc le fondement de la foi. » Notre Seigneur Jésus-Christ à sœur Marie Lataste.[/b]

A suivre...

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#3 Message par Alexandre » lun. 08 févr. 2021 16:27

Dans ce petit village d'Erin, humble et proche d'Amettes, Benoît allait passer la majeure partie de son adolescence de 1760 à 1766.

Chanoine Gacquère a écrit: " Il y fit sa première communion, à l'âge de 13 ans, avec une ferveur angélique qui frappa la châtelaine, princesse de Croy, et après avoir suivi à Blangy, fief de ste Berthe, auprès du doyen, une retraite préparatoire de 5 jours. Il y reprit de plus belles ses pratiques d'austérité. Il disait:
" Voici le carême heureusement terminé pour ceux qui ont jeûné, et mal fini pour ceux qui ne l'ont pas fait!"


C'est de repas entiers qu'il se privait maintenant, et, la nuit, ne se contentant plus d'une planche comme oreiller, il faisait de sa couche des dalles de sa demeure.

Il pratiquait l'humilité jusqu'à se soumettre à l'inculte valet du presbytère. La délicatesse de sa conscience s'affinait. La petite Austreberthe Desplanques racontait plus tard, devenue religieuse ursuline à Boulogne, comment un jour, âgée de 7 ans, elle lui avait demandé quelques fraises du jardin, alléguant que l'oncle n'en saurait rien. " Dieu le saura!" lui avait répondu le jeune garçon. " 'est si peu de chose!" avait insisté la gourmande. Mais lui:" Ce n'est jamais si peu de chose que d'offenser Dieu, outre que l'on commence par de petites fautes pour en venir peu à peu aux grandes." Et le fils de la mercière d'expliquer:" Vous-même, vous ne prendrez d'abord que des épingles, puis du fil, puis des ciseaux; à la fin, vous prendrez de l'argent; ensuite, vous irez en enfer!"

Sa charité se manifestait vis-à-vis des hôtes de passage, qu'il servait avec prévenance, des mendiants et des vagabonds, qu'il gratifiait de son propre déjeuner, lui le futur gueux du Seigneur, des paysans du village, auxquels, au plus fort de leurs travaux, il prêtait, en guise de diversion à ses études, le concours de ses bras, des malades, qu'ils visitait, des affligés, qu'il consolait en les amenant parfois au pied du tabernacle.
Chaque matin, ayant servi deux messes, celle de son oncle et de son vicaire, il se retirait dans le secret de sa chambre, à l'endroit qu'une chapelle marque dans la cours du presbytère nouveau et s'y livrait à l'étude avec ardeur.
Mais bientôt les charmes des écrivains classiques pâlissaient devant l'attrait de la mystique. Vigile et Cicéron firent place dans son esprit au P.Louis de grenade et au P.Lejeune" ( il s'agit des 10 volumes de sermons appelé "Le missionnaire de l'Oratoire").https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Lejeune

"Un jour le P. Piscilli, consulteur de la congrégation des Rites, en prendrait prétexte pour le taxer de jansénisme. Du moins en conçut-il un sentiment si vif de son indignité qu'il (Benoît) résolut de renoncer aux voies royales du sacerdoce."

Card.Pie: "Or, mes frères, c'est l'un de ces types parfait de la vie pénitente qui a été donnée au monde dans la personne du bienheureux Benoît-Joseph..."

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Re: Un Saint Solitaire franciscain: Benoît-Joseph Labre

#4 Message par Alexandre » mer. 10 févr. 2021 17:34

"L'Oncle en conçu de l'inquiétude. Il s'en couvrit à son confrère , le curé de Bergueneuse, confesseur du jeune homme (Benoît-Joseph),chez qui ceui-ci se rendait chaque semaine. Mais la réponse de l'intéressé fut catégorique: " Jamais je ne demeurerai dans le monde; ma vocation est de me retirer dans un désert!"
Pourtant, si le Ciel l'avait destiné à faire la relève de son oncle au service des autels? Les paroissiens d'Erin y pensèrent bien en septembre 1766, lorsqu'ils eurent enseveli, sous la dalle centrale du choeur de leur église, leur saint curé, tombé, à 52 ans au champ d'honneur de la charité sacerdotale, en prodiguant ses soins à ses ouailles au cours d'une épidémie de typhus. Ils rêvèrent de retrouver un jour leur regretté pasteur en la personne du neveu, si dévoué lui aussi et si héroïque en ces douloureuses circonstances. " Oh! Si votre oncle avait vécu, vous auriez pu lui succéder dans sa cure et le remplacer auprès de nous!"
Mais lui, pour toute réponse, se représentait la route de la Trappe, qu'il avait étudié en cachette sur une carte.
La vocation réparatrice du jeune Saint lui apparaissait certaine, bien qu'il ignorât par quelles voies mystérieuses il y répondrait. Son siècle était rongé par le triple cancer de l'impiété, de l'orgueil, de la luxure : eh bien , lui, le pauvre paysan d'Artois, il expierait et il prêcherait d'exemple, par un raffinement de piété, d'abjection et de mortification."
"Le Ciel avait prévu qu'il serait, de cette façon, le remède vivant spécifiquement approprié à son temps, le Saint réclamé par son époque. Mais suffirait-il d'une voix ordinaire ecclésiastique ou monacale, pour dominer le grondement des flots qui apportaient à la France la révolution prochaine, pour provoquer un"choc" de grâce et de salut? Confusément, le jeune homme se sentait appelé à la vie étrange, excentrique, d'un nouveau Jean Baptiste du désert.

" Je dois, expliquait-il à ses parents quand, vers la Toussaint de l'an 1766, il revint d'Erin à Amettes, je dois obéir à la volonté de Dieu qui m'appelle à la solitude. J'aurais à craindre de me damner si je travaillais au salut des autres."
Card. Pie :" La pénitence chrétienne, Mes Frères, peut se produire sous des aspects très multipliés et très divers. Le bienheureux Benoît-Joseph l'a embrassé, je l'avoue, dans une de ses formes les plus insolites et les plus extrêmes: ce pauvre de Jésus-Christ s'est voué à la profession de pèlerin."

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Re: Un Saint Solitaire franciscain: Benoît-Joseph Labre

#5 Message par Alexandre » ven. 12 févr. 2021 15:47

"l'humilité est le fondement de l'espérance.C'est l'humilité qui dit : je ne suis que faiblesse, je ne suis qu'impuissance, mais je puis tout dans Celui qui me fortifie."Notre Seigneur Jésus-Christ à Soeur Marie Lataste.

Les parents de Benoît s'obstinèrent à le pousser au sacerdoce: "Du reste ajouta sa mère inquiète et affligée, comment feriez-vous pour vivre, mon cher enfant, si vous vous retirez dans un désert?
_Oh! Répondit Benoît, je vivrais de l'herbe et des racines des champs, comme les anciens ermites.
_Mais ces ermites étaient d'un autre trempe que les hommes d'aujourd'hui. Et puis, il se faisait des miracles alors qui ne se font plus.
_On le peut, si on le veut, reprit le saint, le bon Dieu n'est pas moins puissant qu'autrefois. Si alors il faisait des miracles pour soutenir ses serviteurs, ne croyez-vous pas qu'Il peut encore en faire maintenant? Ah! Ma chère mère, tous les jours Il en fait qu'on ne voit pas.Oui, on peut tout avec le secours de Dieu, si on le veut véritablement!"
Et comme Anne-Barbe Grandsir l'avait, un matin, surpris couché sur le plancher de la mansarde: "Oh! supplia le jeune homme, ne vous fâchez pas, ma chère mère, Dieu m'appelle à la vie austère de la Trappe: ne faut-il pas que je m'y habitue avant de l'entreprendre?"

Mais la mère s'entêta, elle aussi. Elle connaissait, à Conteville, près de Saint-Pol-sur-Ternoise, un prêtre vertueux qu'on appelait tout bas un nouveau saint Vincent, pitoyable aux nécessiteux, jusqu'à leur donner ses chaussures, la paillasse de son lit, quitte à s'en aller coucher sur le plancher de la tribune de son église: c'était son frère utérin de La Cauchiette, l'abbé Vincent. Décidément les campagnes de notre vieille France ne manquaient pas de prêtres édifiants, capables de devenir, si l'orage fondait un jour sur l'église, des confesseurs de la foi. Et Anne-Barbe tourmentée, se disait à elle-même:" Qui sait si, là où l'oncle Labre a échoué, l'oncle Vincent ne réussira pas?"
Un grandiose spectacle fut donné au Ciel en cette chaumière de Conteville, intégralement conservée aujourd'hui, et où l'on peut lire, su les murs blanchis à la chaux, des inscriptions comme celles-ci:" Ici, dans cette maison, M.Vincent, ayant donné tous ses meubles, s'asseyait avec son saint neveu sur les rebords d'un trou pratiqué au milieu du sol." Entre les deux serviteurs de Dieu s'éleva une sainte émulation dans la pratique de la piété, de la mortification et de la charité.
Benoît avait repris le cours de ses études, en compagnie de plusieurs condisciples qui exerçaient singulièrement sa patience. Mais l'originalité de son séjour consista dans l'inauguration de ses futurs stations eucharistiques. l'Eglise des Carmes de Saint-Pol, anéantie par les bombardements aériens de 1943, celles de tous les environs, le virent, aux Quarante Heures ou aux Adorations du Saint-Sacrement, prosterné des journées entières, vivante hostie, devant l'ostensoir."

Card. Pie:" O Seigneur Jésus, dans ce visage maigri de notre Benoît -Joseph, dans ces joues hâves et creuse, sur ce front couvert de rides prématurées, ce que j'aime et ce que je vénère avec transport, c'est le visage de votre Eglise, qui ne vieillit point, elle, qui n'a ni taches ni rides, et qui sait trouver jusqu'à la fin d'admirables retours de jeunesse et de virilité."

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Re: Un Saint Solitaire franciscain: Benoît-Joseph Labre

#6 Message par Alexandre » sam. 13 févr. 2021 17:40

"Vers la Chartreuse

Mais toujours l'obsession d'une vie supérieure le hantait. Tout ce que les siens obtinrent de lui, fût qu'il se contentât de la Chartreuse, dont la règle adoucie semblait plus propice à sa santé délicate.
Le jeune postulant (Benoît-Joseph) s'y rendit, à pied, au Val-Sainte-Aldegonde, près de Saint-Omer, puis à Neuville-sous-Montreuil-sur-Mer. De l'une et de l'autre il fut éconduit, sous prétexte qu'il ignorait le chant et la dialectique.
Qu'à cela ne tient! Il s'en alla étudier ces sciences durant quatre mois, chez l'abbé Dufour, un lettré, vicaire de Ligny-les-Aire.
Une seconde présentation à la Chartreuse de Notre-Dame-des Prés, à Neuville, n'eut, hélas! pas plus de succès: au bout de six semaines, la fatigue physique et les angoisses morales exigèrent son renvoi.
"C'est donc , pensait Benoît, que Dieu me veut à la Trappe!"
Il s'y rendrait "lors même, déclara-t-il avec l'énergie farouche d'une Jeanne de Chantal, que mon père se mettrait en travers de la porte. Dieu, qui le veut, saura bien me donner la force nécessaire!"
Et, après avoir reçu à genoux le pardon de ses parents, il repartit, à pied, vers la grande Trappe de Soligny, dans l'Orne. Il y arriva le 25 novembre 1967, sous une pluie battante.O douleur! La fatigue que respiraient ses traits fit craindre que le chétif et trop jeune postulant ne pût supporter les rigueurs de la règle de Rancé: le père prieur resta inflexible.
Et voilà comment, ayant commencé, sans le savoir, l'extraordinaire odyssée de quinze ans à laquelle Dieu le destinait, ayant reçu l'hospitalité en maint endroit où déjà l'on pressentait avoir donné asile à un Saint, vers la mi-décembre, un jeune homme amaigri, méconnaissable, redescendait le sentier d la pâture d'Amettes et frappait à a porte de la maison paternelle.
A la joie que ses parents éprouvèrent de le retrouver correspondit chez lui un redoublement de ferveur et une sorte d'acharnement dans la pratique de la mortification. Ne poussa-t-il pas l'obéissance jusqu'à continuer de retourner les foins sous une pluie d'orage survenue soudain? "Mon père, murmura-t-il, vous me l'aviez commandé sans observation!" Niaiserie, ou vertu? Dieu lui-même répondrait par le don des miracles. Mais quand daignerait-il dissiper le désarroi et la nuit où sa pauvre âme se débattait au foyer familial comme en un jardin de l'Agonie?
Apprenant qu'une grande mission se donnait à Boulogne-sur-Mer, il partit, par la Chaussée Brunehaut, consulter les hommes de Dieu.Là-bas, son cousin le chanoine Flamant l'accueillit avec affection à l'ombre de la cathédrale, il l'exhorta à soumettre ses doutes à Mgr Partz de Pressy, un prélat éminent de la lignée des François de Sales, qui s'intéressa d'autant plus à son visiteur qu'il était lui-même natif de la région d'Amettes.
" Mon fils, lui dit-il, suivez l'avis de vos parents et retournez chez les chartreux!"
Fort de cette réponse qu'il considérait comme venant du Ciel, Benoît descendit la Grand'Rue et entra pour une retraite de quinze jours au Grand Séminaire, puis il remonta à la basilique pour y vénérer la sainte image. Là, prosterné devant la statue de Notre-Dame de la Mer, il considérait le navire mystérieux, sans rames ni voiles, amené jadis au port par la main des anges. Quand la Reine du Ciel daignerait-elle l'inonder de sa lumière et le conduire au port? Il venait, sans y penser peut-être, de prendre rang après les rois de France parmi les illustres chevaliers servants de Notre-Dame, et d'effectuer le premier des grands pélerinages que Dieu le destinait également à poursuivre sans trêve ni repos, en chrétienté, aux sanctuaire de la Madone.
Le 12 août 1769, l'intrépide marcheur à l'étoile fit à sa famille ses adieux définitifs:" Nous nous reverrons, dit-il, dans la vallée de Josaphat!" Et il s'engagea, sans se retourner, sur la route de Montreuil.
La chartreuse de Notre-Dame-des-Prés ne le garda que six semaines. Autant, en effet,il se montra généreux, autant son humeur s'assombrit. La cellule qu'il y occupa porte aujourd'hui, sur un vitrail, la pénible scène de son départ:" Allez, lui dit tristement le prieur, dom Pater, la Providence ne vous appelle pas à notre Institut: suivez les inspirations de la grâce!"

Card. Pie:" Assurément, pour le commun des hommes, le devoir dont il s'agit est tout spirituel: cette vie errante et voyageuse, c'est la continuelle sortie de nous-même par l'esprit de détachement de toutes choses; c'est la disposition et la promptitude à rompre tous les liens, toutes les attaches d'ici-bas pour s'avancer chaque jour davantage vers la cime des vertus."

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Re: Un Saint Solitaire franciscain: Benoît-Joseph Labre

#7 Message par Alexandre » jeu. 18 févr. 2021 17:23

La Trappe de Sept-Fons

Cette fois, sans revenir en arrière, Benoît se contenta d'écrire la chose à sa famille, s'accusant de son indignité comme un péché.
Il refit par étapes, le trajet de Mortagne où la grande Trappe, en raison de sa jeunesse, lui resta inexorablement fermée.
Puis il s'engagea vers le sud, par Chartres, Nevers, Pouilly-sur-Loire, franchit en quatre semaine plus de six-cent kilomètres, et parvint, le 30 octobre à la trappe de Sept-Fons.
Notre-Dame-du-Saint-Lieu ne serait-elle pas enfin pour la maison de la paix? Dom Dorothée Jalloutz, un abbé de la race des Rancé et des Beaufort, l'accueillit avec bienveillance.
L'angélique paysan d'Artois sentit son âme s'épanouir quand, pénétrant au parloir, ce parloir où sont exposées aujourd'hui,en son souvenir, deux grandes peintures le représentant en prière, il s'entendit redire la parole de st Bernard, entré, lui aussi, dans l'ordre âgé de 22 ans: "Laissez votre corps à la porte; ici c'est le royaume des âmes, la chair n'a plus rien à voir."
Peut-être sa santé était-elle délicate; mais le même docteur de l'Eglise n'assure-t-il pas que les moines ont avantage à souffrir de fréquentes maladies et à se voir souvent en face de la mort, pour qu'ils échappent ainsi plus facilement à l'emprise de cette vie?

Un mois plus tard, il avait revêtu, sous le nom de Frère Urbain, la tunique blanche des novices.
Tous le considérèrent comme un saint. "Il était, témoignera en 1784 dom Jallutz, modeste sans affectation, profondément humble, ne s'excusant jamais dans les réprimandes, ardent au travail. Il ne trouvait rien d'âpre, de difficile ni d'ardu dans tout le régime monastique. Il vaquait à la prière tout recueilli en lui-même, et paraissait toujours uni à Dieu. Quoique d'un âge encore jeune, il montrait en tout la maturité de la vieillesse. Toujours égal à lui-même, on ne le voyait jamais sortir d son état de paix. Il était d'une bonne odeur pour les autres et servait partout de modèle de vertu. Il parlait très rarement à ses maîtres, mais toujours avec une grande candeur d'âme, et il leur révélait les choses les plus secrètes de son intérieur."

On ne saurait contempler, sans éprouver un sentiment d'admiration ni d'envie, la vie cistercienne telle que l'ont décrite soit l'illustre abbé dom Chautard, soit le pieux familier de l'abbaye de Mgr Lamy: les offices se déroulant, la nuit comme le jour, dans la "maison du grand silence", les gardes d'honneur montées longuement devant l'hostie sainte, les travaux manuels des champs, les lectures et la coulpe de la salle capitulaire... Une lettre de l'abbé à M.Vincent témoigne du "grand contentement" que le novice en éprouva d'abord.
Mais le Ciel ne lui demandait-il pas davantage en matière de sacrifice? Ou bien était-ce l'effet de la solitude et du silence?
Il n'éprouva pas longtemps la dilatation ni le transport de la joie. Bientôt il sentit le doute obscurcir son âme et le scrupule le torturer. Il se replia sur lui-même au point, portent les registres du noviciat, "de donner à craindre pour sa tête".
A l'infirmerie, où l'on dû le transporter, les médecins le déclarèrent d'une complexion trop faible pour soutenir les rigueurs de la règle. Le père Abbé, tout en partageant l'avis de ses Religieux:" Benoît est un Saint et qui fera parler de lui", prononça la sentence invariablement négative:"Mon fils, lui dit-il en le congédiant, vous n'étiez pas destiné à notre couvent: Dieu vous veut ailleurs!"

Ainsi, à peine avait-il, dans sa poursuite tenace de Dieu seul, touché, dans cet asile, le port béni de la pénitence et de la contemplation, qu'il lui fallait, tel un lépreux, un excommunié, un banni, lever l'ancre et repartir vers les rivages inconnus.
Plus de phare désormais dans la nuit profonde de sa conscience, plus d'étoile dans son ciel tout noir.

Epuisé physiquement, fiévreux, le 2 juillet 1770, après un séjour de huit mois à Sept-Fons, il s'éloigna."

Card.Pie:"Les carrières qui s'ouvraient naturellement devant ce jeune homme se ferment tout à coup. Son intelligence, d'ailleurs pénétrante, s'obstrue dès qu'on tente d'y ingérer des connaissances qui ne se rapportent pas aux desseins de Dieu sur lui... Le voilà rejeté dans le vague, replongé dans l'incertitude, débouté de toutes ses pensées, de tous ses projets. Situation affreuse, écrasante! Evidemment, la clef de ce mystère, le mot de cette énigme,c'est une vocation spéciale, exceptionnelle. "

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Re: Un Saint Solitaire franciscain: Benoît-Joseph Labre

#8 Message par Alexandre » ven. 19 févr. 2021 14:52

Card.Pie: "Dieu ne peut laisser plus longtemps son serviteur dans cette nuit désespérante. Fiat Lux: il faut et il est temps que la lumière se fasse. Et la lumière se fait. Une voix qui parle; sa ligne est tracée, le sillon de sa vie est marqué; plus d'hésitation, plus de doute;: rien ne pourra l'ébranler, le déconcerter,; son existence est fixée; toutes les objections, toutes les représentations ne pourront rien à l'encontre. Il se trouve d'ailleurs que ce qu'il est destiné à faire tout le reste de sa vie, c'est ce qu'il fait depuis plusieurs années, et que, sans s'en douter, il est déjà dans le plein exercice de sa vocation.
En effet, tandis que Benoît-Joseph, poursuivant son projet d'entrer en religion, errait sur les grands chemins d'Amettes à la Chartreuse, de la Chartreuse à la Trappe, puis de la Trappe à la Chartreuse, et encore de la Trappe à Sept-Fons, durant toutes ces allées et ces venues, ces marches et ces contre-marches, il avait accompli à son insu l'apprentissage et le noviciat de sa profession définitive. Il se croyait sur la voie, et il était dans le terme. car le vouloir divin, c'est que, comme un autre Alexis, il abandonne tout ici-bas, parents, fortune, patrie, aises et commodités, pour mener au milieu du monde une vie pauvre, errante, misérable, dans la profession d'humble pèlerin et de visiteur des sanctuaires les plus renommés de la chrétienté."


Chan.François Gacquère poursuit:

"Sur les grands chemins?

Un prêtre franc-comtois, dont il fit la connaissance, à la salle des hôtes, à sa sortie de l'abbaye, et à qui il dût confier sa détresse, fut pour lui l'ange providentiel et lui donna les conseils lumineux qui allaient enfin l'éclairer sur sa vocation.
Qu'importait après tout, le séjour que la Providence lui assignerait? Ne pourrait-il partout atteindre l'Unium necessarium? Pourquoi ne reviendrait-il pas d'emblée au rêve qui le hantait dans son enfance quand il parlait de vivre de l'herbe et des racines des champs, à l'instar des anciens ermites?
Pourquoi ne reprendrait-il pas en grand l'habitude qu'il avait contractée dans son pays d'Artois d'aller "servir" les Saints et les Saintes de Dieu et fréquenter les tabernacles?
Cette vie de perpétuels voyages, qui satisferait, d'une part, sa soif de pénitence et d'union à Dieu, ne s'avérait-elle pas de l'autre, par ce qu'elle comportait de mouvement, d'initiative, d'imprévu, de fatigue physique, la plus propre à lui assurer la joie antérieure?
Ainsi, au XIIè siècle, un autre paysan de la région du Nord, saint Druon, avait quitté son village de Sebourg, ainsi st Roch au XIII è; et à leur suite, on a vu, depuis le Moyen-Age, des milliers de pèlerins faire à pied, en mendiant ou en travaillant, exposés à tous les périls, le chemin de Rome, de Compostelle ou de Jérusalem. "Contemplatifs ambulants, écrit Jacques Debout, ils regardaient Dieu à travers le défilé incessamment nouveau des choses, surnaturalisant les paysages de leurs regards d'enfants extatiques."
Un autre grand Saint, au XIXè siècle, devait toucher du doigt les misères de la pauvreté sans asile et le mérite des malheureux errants de la route: c'était Jean-Baptiste Vianney, accomplissant un jour un voyage de cent kilomètres d'Ecully à la Louvesc, au tombeau de saint François Régis, à pied, un bâton d'une main, son chapelet de l'autre, traité ici de goinfre, là de fainéant, menacé des gendarmes. "Ah! disait-il à son retour, je ne conseillerai jamais à personne de mendier!"
Benoît Labre avait fait, sur un parcours de 600 kilomètres, cette cruelle expérience: il fit "le voeu de mendier" pour atteindre un raffinement de pénitence.
Il révéla plus tard au P.Temple qu'il "n'avait point agi en cela capricieusement, et ne s'était pas fié à sa propre prudence, mais qu'il s'était choisi un directeur habile auquel il avait confié son intention et dont il avait obtenu l'approbation, même les encouragements.
Ce prêtre éclairé prit la confiance, après la mort du saint, de se faire connaître à l'évêque de Boulogne: il avait déterminé aussi son ami à commencer la série de ses pérégrinations par sa patrie, Gray et Besançon."

Card. Pie: "Que de choses, mes Frères, ont disparu de notre société, et sont devenues complétement étrangères à nos moeurs, qui n'avaient rien d'insolite encore dans le premier siècle!"

NSJC à soeur Marie Lataste: " Car celui qui est humble se connaît lui-même, et sachant qu'il ne peut rien par lui-même, il met tout son espoir en Dieu, et dans son espérance, il s'écrie: je puis tout en Celui qui me fortifie. Ainsi, l'humilité ne repousse pas les grandes entreprises quand Dieu les demande et les attends; elle ne refuse rien, mais elle met tout son espoir en Dieu."

Saint Druon:
https://nominis.cef.fr/contenus/saint/9 ... Druon.html

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Re: Un Saint Solitaire franciscain: Benoît-Joseph Labre

#9 Message par Alexandre » sam. 20 févr. 2021 14:47

" Paray-le-Monial

De ces deux villes, Benoît vint à Paray-le-Monial, la cité du Sacré-Coeur, à laquelle la récente décision de Clément XIII autorisant solennellement, en 1765, la dévotion nouvelle venait de conférer un surcroît d'attrait.
De singulières affinités attiraient Benoît vers Marguerite-Marie Alacoque: la confidente du Fils de Dieu avait éprouvé de grandes difficultés avant d'être admise à la profession; d'elle comme de lui, on pouvait dire avec saint François de Sales que "Dieu ébauche ses saints sur un Thabor, mais ne les perfectionne que sur le Calvaire"; elle était la sainte de l'Eucharistie et de la réparation; de tous deux la foule et les enfants devaient pareillement pleurer le trépas: "La Sainte est morte... Le Saint est mort!" (A la mort de Benoît, à Rome, les gens criait dans la rue: "le Saint est mort!")
"Prosterné devant l'autel des apparitions, non loin du tombeau de la confidence du Christ, qui se trouvait alors dans un caveau, sous le choeur des Religieuses, Benoît méditait les messages du Ciel: "Voici la plaie de mon côté, pour y faire ta demeure actuelle et perpétuelle... J'ai une soif ardente d'être honoré des hommes dans le Saint-Sacrement... Voilà ce Coeur qui a tant aimé les hommes, et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que d'ingratitudes... Donne-moi ce plaisir d'y suppléer autant que tu pourras être capable..."
A un siècle d'intervalle, les paroles de Jésus trouvaient dans son âme ardente un écho renouvelé qui le faisait vibrer d'émotion et d'amour, et l'affermissait dans son impatience d'opérer en elle-même ce qui manquait à la Passion du Sauveur.
La tourière de la visitation ne manqua pas de remarquer sa personne et de le signaler à la supérieure, qui voulu avoir le bonheur de l'entretenir.
A l'hôpital, où il logea durant vingt jours, en raison de sa fièvre persistante, il manifesta, dit-on, quelque humeur quand on l'obligea à se séparer, par une grande toilette, d'hôtes compromettants: il tenait déjà au cilice venant de sa vermine, auxiliaire de sa pénitence et peut-être de sa chasteté.
C'est alors que, ancré dans sa résolution au contact du Coeur divin, il se dirigea vers l'Italie.

Mgr de Gibergues, "la Sainte Communion", 1927, Chap." La communion spirituelle": "Jésus voudrait venir tous les jours dans votre coeur par la communion sacramentelle; et cela ne lui suffit pas encore: il voudrait y venir sans cesse; Ce souhait divin se réalise par la communion spirituelle. "Toutes les fois que tu me désires, disait-Il à sainte Mechtilde, tu m'attires en toi. Un désir, un soupir, me suffit pour me mettre en ta possession... Il disait à la bienheureuse Marguerite-Marie: "Ton désir de me recevoir a si doucement touché mon coeur, que, si je n'avais pas institué ce Sacrement, je l'aurais fait, en ce moment, pour me donner à toi."

"Chez les Vianney"

En passant à Dardilly, dans la région lyonnaise, il (Benoît) avait suivi un groupe de miséreux chez un fermier du nom de Pierre Vianney.
Il y fut si délicatement traité qu'il écrivit à son hôte une lettre de remerciement. "Il fallait, observe Monseigneur Trochu, que l'hospitalité de Dardilly l'eût particulièrement touché; peut-être aussi, éclairé de Dieu, le pauvre errant avait-il pressenti l'enfant de bénédiction qui rendrait ce toit à jamais illustre."
Seize ans en effet après le passage du saint Pèlerin, naissait à Pierre Vianney un petit fils du nom de Jean-Baptiste, le futur saint curé d'Ars. Ce dernier se plaisait à raconter plus tard qu'il était venu au monde dans la chambre même où Benoit avait été reçu. Il professa toujours pour l'hôte de son grand-père un culte spécial, et plaça son portrait à l'honneur dans sa petite église d'Ars, en la chapelle de sainte Philomène, où on le voit encore.
Il conservait précieusement un ossement du Saint que lui avait remis un jour un ouvrier terrassier, lequel le tenait lui-même d'un camarade italien employé jadis aux travaux d'exhumation du corps à Sainte-Marie des Monts."(Rome)
"Comme l'image de Benoît Labre, une reproduction du tableau de Bley, est également bien à sa place aujourd'hui, dans l'escalier du vieux presbytère d'Ars! Labre, Vianney! Tous deux ne rivalisent-ils pas d'héroïsme et d'ingéniosité dans la pratique de la pauvreté, de la mortification des sens, de la prière, dans un mépris des sciences humaines qui n'avait d'égale que leur science des choses de Dieu et leur don de lire dans les consciences ou dans l'avenir? Une seule différence les sépare: celle qui distingua Marthe et Marie, l'un deux voué au ministère des âmes, l'autre à la contemplation de Dieu. Est-il téméraire même d'interpréter la reconnaissance du saint curé d'Ars à l'égard du saint Pauvre comme un homme filial de son sacerdoce à celui que l'histoire devait appeler un semeur de vocations?

Card.Pie: "Le christianisme, c'est l'édifice de la grâce s'élevant sur les ruines de la vertu." Et: "Etre absent de son propre corps pour être présent à Dieu: voilà toute l'histoire de Benoît Labre."

Saint Bernard: "Les occupations qui détiennent l'homme à l'entour de son corps, qu'est-ce sinon autant d'absences par rapport au Seigneur? ce manger, ce boire, ce vêtir, ce loger, et tout ce qui s'y rapporte, tout cela n'est-il pas une diversion fâcheuse à notre conversation et à notre cohabitation avec Dieu?"

"Traversée des Alpes

Des bords du Rhône, le saint se dirigea vers Chambéry, abordant sans crainte les montagnes les plus abruptes, stationnant et priant dans la plupart des églises qui jalonnent les vallées savoyardes.
C'est dans le faubourg Maché qu'il fit son entrée.
Il se rendait chaque matin à l'église voisine de la Visitation, y assistait à toutes les messes qui s'y célébraient, et prolongeait ses adorations une grande partie de la journée. A l'une des jeunes pensionnaires du couvent, âgée de neuf ans, il prédit que malgré son étourderie elle embrasserait l'état religieux, et celle-ci, entrée effectivement au monastère, devenue presque nonagénaire, aimait à raconter la prophétie.
Cependant, l'inquiétude sur le sort du pèlerin était vive chez les parents Labre d'Amettes. Leur dernière lettre, adressée à Sept-Fons n'avait pas trouvé Frère Urbain, parti, avait-on répondu,dans un état de santé précaire, vers des régions inconnues. On devine avec quel bonheur et quelle émotion ils reçurent de lui, un an après son départ d'Amettes, une longue lettre, datée du 31 août 1770, et de Chieri, en Piémont, où les fatigues de la traversée des Alpes l'avaient obligé de séjourner quinze jours dans un hôpital.
Le Saint leur donnait des nouvelles de son voyage, leur réitérait ses recommandations sur l'éducation d ses frères et soeurs, sans oublier l'allusion aux flammes de l'Enfer, leur demandait derechef pardon et bénédiction. Elle était signée "Votre très affectionné fils Benoît-Joseph Labre."
Aucune adresse pour l'avenir.
C'était la dernière lettre du Saint et l'adieu définitif à sa famille: celle-ci n'entendrait plus parler de lui que treize ans plus tard, quand les acclamations du monde entier salueraient la nouvelle de sa mort.
Depuis deux mois qu'il avait adopté la vie de pèlerin, il se sentait dans la voie de la volonté divine. il s'était appliqué à lui-même la parole du Maître: "Quiconque mettant la main à la charrue, regarde en arrière, est inapte au royaume de Dieu", et il avait coupé ses dernières attaches à la terre.

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Re: Un Saint Solitaire franciscain: Benoît-Joseph Labre

#10 Message par Alexandre » lun. 22 févr. 2021 14:46

Notre-Dame de Lorette

Le 6 novembre 1770, si nous nous en rapportons au visa apposé dans cette ville sur son acte de Baptême, Benoît Labre arrivait à Lorette. Onze fois il devait gravir la sainte colline de Notre-Dame.
Peu importait à ce croyant que le miracle extraordinaire de la Santa Casa ne fût point de foi. son culte n'avait-il pas été consacré par la dévotion populaire et par celle de pèlerins notables qui s'appelaient Montaigne, Galilée ou Descartes, aussi bien que Charles Borromée, François de Sales, Grignon de Montfort, Alphonse de Ligori? Ne l'avait-il pas été par les actes officiels et les encouragements des souverains pontifes, depuis Paul II qui entreprit la construction de la basilique au XVè siècle? par de nombreux miracles, dont l'un date de 1700, avait été à l'origine du célèbre pèlerinage artésien ? "Nous en appelons, devait écrire Louis Veuillot dans Rome et Lorette, à tous ceux qui ont fait le pèlerinage à Santa casa. N'ont-ils point senti, au fond de leur coeur, une preuve de son authenticité, contre laquelle aucun raisonnement sceptique ne prévaudra jamais?" Et Léon XIII écrivait en 1894, à l'occasion du 6è centenaire de la Translation: "Que tous les fidèles comprennent la grandeur de ce don divin!"
Incontestablement, une mystérieuse puissance d'émotion religieuse et de conversion émane d e cette rustique enceinte longue de neuf mètres et large de quatre, adossée au maître-autel de la basilique, enchâssée comme un diamant précieux dans un bijou de marbre blanc de Carrare et de bronze finement sculptés par des artistes de génie..."
"Benoît, reparti de Chieri le 3 août, s'était attardé durant deux mois en divers lieux de pèlerinage de la Haute-Italie.
Parvenu aux marches d'Ancône, du haut des collines qui constituent les contreforts des Apennins sur le versant de l'Adriatique, il put contempler de loin le fief de Notre-Dame; comme à Boulogne-sur-Mer, comme à Fourvière, il salua avec allégresse la Madone planant dans l'azur du ciel, loin des bas-fonds et des misères de la terre.
Au flanc de la colline s'étendaient, couvertes de vignes et d'oliviers, ombragées de cyprès, les terres de la Vierge offertes naguère par les princes chrétiens en patrimoine à leur suzeraine, et dont les revenus pourvoient encore aujourd'hui aux besoins de son culte.
In domum Domini ibimus! Chantait avec le Psalmiste le pèlerin exténué, tandis qu'il pressait le pas sur la rude montée, les regards tendus vers le sanctuaire.
Quand il eût traversé la vaste basilique et qu'il eût pénétré à l'intérieur de la Santa Casa, l'émotion s'empara de lui. Terribilis est locus iste! Ces murs sombres faits de pierres de Palestine, et sur lesquels les lampes ne répandaient qu'une faible lueur, étaient pour lui ceux-là même qui, jadis, avaient entendu les paroles les plus solennelles du monde: Ave Maria!Ecce ancilla Domini!
Chaque matin, au cours de nombreuses messes successives qu'il venait y entendre, les paroles de la liturgie prenait pour lui leur sens plein: Et Verbum caro factum est, et habitavit in nobis...
Là même où le Fils de Dieu était descendu jadis des splendeurs du Ciel dans le sein d'une Vierge, il redescendait, sous les voiles de l'hostie, dans le cour de son pauvre pèlerin! Les paroles étaient impuissantes à traduire le bonheur ineffable de sa communion. Que serait-ce quand il communierait éternellement dans la demeure du Roi des Cieux?
Benoît demeura huit ou dix jours dans la cité de Marie.
Il s'était confessé au P.Bodetty, pénitencier français, d'autant qu'il ne pouvait encore savoir assez l'italien pour se confesser au premier venu dans cette langue. celui-ci, touché de sa vertu et de sa timidité, lui avait offert aussitôt un lit à l'hospice, un peu d'argent..."D'autres, avait répliqué le Saint, sont plus besogneux que moi: veuillez le leur réserver!" Il avait pris la résolution bien arrêtée de ne jamais rien accepter des confesseurs.
Les grâces insignes qu'il avait reçues dans la sainte maison de Nazareth lui inspirèrent pour ce sanctuaire un profond attachement qui l'y ramènerait chaque année, d'ordinaire au temps pascal.
C'est de Rome qu'il partait. Par la route longue de quelque 300 kilomètres, il pouvait longer les monts de la Sabine et emprunter la vallée du Tibre jusqu'à terni, puis traverser les vallées ombriennes de Spolète à Foligno. De là laissant sur sa gauche Assise et le mont Subiasio, il gagnait Nocera, Fabriano, et s'infléchissait vers l'est, par Tolentino et Macerata.
Bien plus, il s'ingéniait à allonger encore son voyage pour ne pas suivre les chemins fréquentés. Interrogé un jour par un prêtre sur le temps qu'il mettait: "Tantôt plus tantôt moins, répondit-il, parce que je vais toujours hors de la grand'route."
Se présente-t-on les souffrances que réservaient à ce chemineau à peine vêtu, aux souliers troués, sans gîte et souvent sans pain, l'escalade des monts et des cols couverts de neige, la marche par des sentiers impraticables, sur les cailloux mouvant ou blocs de rochers, la traversée des précipices et des torrents, les intempéries des hivers tardifs?
Mais c'était pour lui une source d'occasion de s'unir amoureusement au Christ des douleurs gravissant le Calvaire. Cette marche difficultueuse lui procurait la douce évocation de la voie étroite qui mène au ciel. Et puis, une seule heure passée dans la maison de la Très Sainte Vierge n'allait-elle pas bientôt le dédommager au centuple de plusieurs semaines d'épreuves?

A peine avait-il franchi les remparts de la ville, Benoît allait droit à la basilique.
Là, il confiait son havresac, conformément aux règlements, à la garde de la sentinelle corse. Puis il demeurait dans le temple des journées entières, depuis l'ouverture jusqu'à la fermeture des portes; il y assistait à toutes les messes, aux offices capitulaires, se tenant à genoux tantôt devant le Saint-Sacrement, tantôt devant l'autel de l'Annonciation, le plus souvent à l'intérieur de la Santa Casa.
Les heures qui s'écoulaient de midi jusqu'à vêpres lui étaient particulièrement chères: alors, la foule de fidèles et des visiteurs s'étaient retirée.
Demeuré seul, il pouvait donner enfin libre cours aux élans de son âme: il baisait mille et mille fois, avec des larmes de tendresse, les murailles, le pavé, s'abimait, prosterné, dans la conscience de son indignité, contemplait le tabernacle dans les transports de son amour et de sa reconnaissance.
Les dimanches et les jours de fêtes, il se plaçait derrière un pilier, dans l'ombre d'un confessionnal, ou dans quelque coin obscur, pour y être à la fois plus tranquille et moins gênent. La foule se faisait-elle plus dense, il se réfugiait dans la chapelle de saint Ignace et jusque dans le vestibule de la basilique. Il ne sortait de son recueillement qu'à l'heure des prières publiques et des litanies lorétaines; alors il y prenait part avec une telle ferveur que sa voix chaude et sonore, tranchant sur l'ensemble, produisait chez tous comme une prédication d'un genre nouveau, une impression contagieuse d'édification et de componction.
Mais où logeait notre saint pauvre? Renonçant à l'austérité première de ses nuits; il se résigna, sur les instances des prêtres, à aller s'abriter sous les galeries; puis il chercha asile dans les campagnes environnantes, dans quelque étable ou chambre à four que la charité des paysans ouvraient volontiers aux pèlerins pauvres de la Madone. Tantôt il essuyait une rebuffade, tantôt il était comblé de prévenances, de vêtements, de pain trop blanc à son gré.
Les dernières années, il accepta d'occuper, en face de la basilique, un réduit, aujourd'hui visité avec vénération au Caffé santuario, que lui offrirent Gaudence Sori et Barbe, sa femme, petits hôteliers et commerçants; encore n'y usa-t-il pas du lit que ces bonnes gens y dressèrent à son intention. sa compagnie devint une source de bénédictions pour ses hôtes, notamment pour la maman qui recommandait à ses prières ses couches laborieuses; sa familiarité, empreinte d'une austérité intransigeante, leur laissait, à eus et à leurs enfants, un parfum de paix.
Le Mercredi saint de l'année 1783, on guettait attentivement son arrivée traditionnelle à la porte des Sori quand, à trois reprises le petit Joseph, âgé de cinq ans, interrompit: "Benoît, assura-t-il, ne viendra pas... Il s'en va mourant... Il se meurt... Il est allé en Paradis!"


Card.Pie: "Cet homme qui a brisé toute relation avec la terre, avec ses parents, avec ses amis, cet homme qui a divorcé avec lui-même, avec la nature, avec les sens, avec l'esprit, et la volonté propre, il cherche, il cherche sans cesse la face du Seigneur. Il la cherche dans ces lieux bénis où il plaît au seigneur de se révéler par des lumières plus sensibles, par des grâces plus abondantes. Il la cherche dans ces sanctuaires par le séjour et par les miracles des saints. Ne le plaignez pas dans sa solitude, dans son isolement humain, cet heureux mortel qui vit continuellement dans la société de Dieu, et des anges, et des bienheureux habitants de la gloire. "Vous n'êtes plus de hôtes et des étrangers sur le terre, dit st Paul, mais vous êtes les concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu."

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