Les dévotions particulières

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Laetitia
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Les dévotions particulières

#1 Message par Laetitia » mar. 12 juin 2018 17:13

  Notions doctrinales et pratiques sur la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus, par le R.P. Franciosi, 1873 a écrit :
Importance des dévotions particulières.

A côté du très-petit nombre de moyens déterminés d'honorer Dieu, prescrit à tous par Notre-Seigneur Jésus-Christ, il surgit incessamment, au sein de l’Église catholique, une multitude de pratiques facultatives, que chaque fidèle reste maître d'embrasser ou non, suivant ses convenances respectives. Ces dévotions particulières jouent un rôle immense dans l'économie de notre sainte religion. Bien loin de constituer une superfétation parasite, comme le répètent quelques hommes irréfléchis ou de mauvaise foi, elles sont, au contraire, l'expression inévitable, la forme nécessaire que revêt d'elle-même et instinctivement toute vraie piété.

De même qu'une plante à une certaine phase de son développement, voit sur sa tige la fleur qui lui est propre ; de même, si on peut parler ainsi, la piété, une fois en possession d'une certaine exubérance de sève, s'épanouit spontanément en des pratiques spéciales qui sont comme sa floraison naturelle. Interdire à la piété de se traduire de la sorte, ce n'est pas seulement lui défendre d'affirmer sa vitalité, c'est encore vouloir la mutiler, c'est entreprendre de retenir violemment captif dans sa cause un effet impatient de se produire, c'est dire au feu : tu ne te couronneras plus de ton auréole lumineuse ; de plus, du même coup, c'est se heurter à l'impossible.

Les deux parties qui composent notre être, l'esprit et le corps, ont entre elles une sympathie trop délicate, une dépendance trop intime, notre âme est désormais trop étroitement liée aux organes qui lui ont été donnés comme serviteurs et qu'elle informe, pour qu'on réussisse jamais à rendre les sens étrangers et indifférents à ce qui occupe et intéresse puissamment l'âme ; entre ces deux portions d'un tout harmonique, il y a solidarité.

L'expérience et la raison sont d'accord sur ce point, toutes deux nous montrent les dévotions inhérentes à la piété. Nul ne saurait donc sans injustice repousser ces dévotions comme une superfétation ; ajoutons qu'on n'est pas autorisé davantage à leur adresser le reproche d'être parasites.
(à suivre)

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Laetitia
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Re: Les dévotions particulières

#2 Message par Laetitia » mar. 12 juin 2018 21:56

Au lieu d'étouffer la piété qui leur donne naissance, bien loin de l'épuiser en vivant d'emprunt à ses dépens, et de la supprimer en usurpant sa place, les dévotions lui rendent généreusement ce qu'elles en ont reçu. La piété enfante les dévotions ; mais, réciproquement, les dévotions soutiennent et alimentent, étendent et fortifient, animent et perfectionnent la piété ; les interdire aux fidèles, c'est les priver d'un très-puissant secours, comme l'a judicieusement et loyalement remarqué une protestante célèbre, madame de Staël. Prenant à son compte une charmante image, que lui fournissaient saint Augustin et saint Bernard, elle formule ainsi son observation : Les pratiques catholiques sont à la religion ce que les ailes sont à l'oiseau. Rien de plus gracieux sans doute, mais en même temps rien de plus exact.

Voyez en effet cet oiseau descendre un instant sur la terre, où il vient chercher sa nourriture, et ramasser le brin de paille dont il construira son nid ; il marche, il saute, il court, et en ce moment ses ailes lui sont un poids qu'il lui faut porter ; mais ce poids est plus apparent qu'il est réel, au lieu d'entraver les mouvements de l'oiseau, il les facilite ; au lieu de le retarder, il le rend agile ; l'oiseau porte ses ailes, mais, à leur tour, ses ailes le porteront quand il en sera besoin ; qu'il voie poindre à l'horizon l'ennemi qui le menace, grâce à ses ailes il prend aussitôt l'essor, il s'envole, il échappe au danger, il remonte dans les airs aux régions de la sécurité. Ce qui tout à l'heure paraissait un embarras, s'est subitement transformé en un puissant auxiliaire. Il en est de même des dévotions. Leur adoption apporte aux chrétiens des charges nouvelles qu'il s'impose librement, et qu'il reste toujours maître de déposer ; mais il ne tarde pas à être dédommagé amplement de la fatigue qu'il accepte pour ne les pas secouer.

Les dévotions assujettissent à certains exercices surérogatoires, voilà le fardeau, voilà le poids ; mais elles centuplent les ressources pour remplir le précepte, voilà les ailes. Les dévotions illuminent d'une clarté salutaire plusieurs mystères, contre l'obscurité desquels l'orgueil de l'esprit se révoltait ; elles sont la méthode qui fait en quelque sorte palper à l'intelligence ce qu'il y a de plus abstrait dans les enseignements de la foi. Les dévotions écartent et aplanissent les obstacles qui se dressaient devant les défaillances du cœur sur le chemin du devoir ; elles sont l'attrait qui soumet doucement la volonté indocile, et l'habitue peu à peu à ce que les préceptes et les conseils ont de plus héroïque. C'est ainsi qu'au pris de quelques sacrifices, elles sauvent et garantissent l'essentiel. Nombreuses et variées jusqu'à l'infini les diverses dévotions ne possèdent pas toutes une même valeur, ni absolument en elles-mêmes, ni relativement et vis-à-vis de nous. Elles ont au contraire leur hiérarchie, dans laquelle leur excellence propre et leur opportunité en ce qui nous concerne leur assignent leur place. Nous n'en devons mépriser aucune ; car il n 'en est pas une qui n'ait droit, sinon à ce que nous la pratiquons, du moins à ce que nous soyons pour elle pleins d'estime et de vénération. Dans l'impossibilité, cependant, de les embrasser toutes, il faut qu'un choix discret arrête nos préférences sur celles qui les méritent davantage, et qui sont d'ailleurs en harmonie avec nos nécessités et nos moyens.

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