Est-il toujours interdit de...

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Abbé Zins
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Re: Est-il toujours interdit de...

#31 Message par Abbé Zins » mer. 22 mai 2019 19:03



Au sujet de Vincent Lambert :



Court (6'29) et très clair témoignage du Docteur Catherine Kiefer, spécialiste en médecine physique et de réadaptation.


Témoignage très clair d’une infirmière spécialisée en soins palliatifs, dans les 6 premières minutes, suivi d’un plaidoyer d’un autre intervenant pro-euthanasie, avec réponse très claire de l’infirmière, Odile Guinnepain.



LETTRE du Docteur Sabine Paliard-Franco à l’attention de Madame la Ministre de la Santé Docteur Agnès BUZYN :

objet : Cas de Mr Vincent LAMBERT

double à Mr Jean LEONETTI

Madame la Ministre et Chère Consœur,

Peut-être que cette lettre ne sera qu’un coup d’épée dans l’eau. Tant pis, je tente ma chance car je suis, en tant que médecin, bien préoccupée par la situation de Monsieur Vincent Lambert. Je ne souhaite pas manquer l’ultime tentative de vous convaincre sur ce sujet, particulièrement sensible.

D’après les données que j’ai, cet homme de 42 ans, traumatisé crânien lors d’un accident de la route, sauvé et réanimé il y a 10 ans, est actuellement lourdement handicapé, tétraplégique et dépendant dans un lit au CHU de Reims. Depuis de nombreux mois, voire des années, il est question lui dans les media, car son cas complexe et délicat sème le doute dans les esprits et la discorde dans sa famille.

Et l’on tremble régulièrement sous la menace de l’arrêt de ses soins. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Je ne peux que comparer son cas à celui de Michaël Schumacher (1), également traumatisé crânien avec de lourdes lésions cérébrales, en état pauci-relationnel, et dont la santé après son hospitalisation fait désormais l’objet de soins spécialisés très attentifs en milieu privé.

Je souhaite attirer votre attention sur plusieurs points qui me semblent essentiels à la prise de décision le concernant. Je me permets d’argumenter car je suis Spécialiste en Médecine Générale, diplômée de Paris, Necker-Enfants-Malades, et j’ai surtout été pendant plusieurs années médecin coordinateur en HAD au CHU de Grenoble, prodiguant des soins palliatifs.

De ce fait, j’ai souvent été amenée à prendre des décisions, après concertation collégiale, sur l’arrêt des soins, pour éviter l’obstination déraisonnable dans les cas lourds de fin de vie. Cette expérience me permet d’avoir, à ma petite place, un regard critique sur ce qui se vit autour de Vincent Lambert.

La décision récente d’interrompre l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert et le laisser mourir devrait être collégiale et correspondre à la loi Léonetti II. Or il me semble que sa situation ne répond absolument pas aux critères de cette loi, et ce, sur de nombreux points.

Je m’explique :

Il me semble que Mr Vincent LAMBERT n’a pas signé de son vivant de directives anticipées, puisque cela n’était pas en vigueur à l’époque de son accident.

Seul le témoignage verbal de son épouse tendrait à croire qu’il désapprouverait cette situation de dépendance.

Tout le monde sait que lorsque l’on est fort et bien portant, l’on peut lancer à la volée, à qui veut l’entendre et avec conviction, qu’on ne supporterait pas d’être un légume, et qu’il ne faudrait pas en cas d’accident insister pour être maintenu en vie…

Or nous le constatons bien, nous médecins expérimentés dans ces questions de fin de vie, que la plupart des malades, une fois la maladie ou le handicap présents, trouvent d’autres ressources insoupçonnées, physiques, morales et spirituelles, pour lutter contre la maladie et partent souvent contre toute attente lorsqu’ils ont accompli ce qu’ils avaient à faire.

Depuis 10 ans, s’il n’avait pas eu envie de vivre, Vincent Lambert se serait débrouillé pour contracter une pneumopathie ou une infection nosocomiale. Il serait décédé depuis longtemps.

Or, il tient toujours, il a les yeux ouverts sur les photos ou les extraits de vidéo le concernant, il respire de manière autonome, il est dans un état stable, il est par conséquent bien vivant et absolument pas en fin de vie. Ce que des dizaines d’experts ont rappelé à vos services depuis ces derniers mois. Donc on ne peut argumenter sur la fin de vie imminente qui nécessiterait son euthanasie passive puis active.


C’est bien ce qui dérange aujourd’hui et qui sème le doute dans la société. Vincent Lambert ne souffre pas d’abandon car il est régulièrement visité par ses parents et certains frères et sœurs, il est entouré et défendu avec ardeur par ses parents…Vincent Lambert garderait même de manière minime et subtile une vie de relation avec eux, il se sent sûrement aimé.

C’est pour cela qu’il tient encore ! Pourquoi ne pas prendre le risque de le transférer dans une unité spécialisée même privée pour permettre à ses parents, qui lui ont donné la vie, de le garder en vie avec tout leur amour ?

Quel bénéfice en retirent-ils, autre que celui de choyer et préserver celui qu’ils aiment, à qui ils donnent tout ? Pourquoi leur voler leur dernier combat de parents alors que rien n’est encore perdu ? Pourquoi critiquer leur foi chrétienne, alors qu’ils ne causent de tort à personne ? C’est une forme de discrimination envers eux.

Pourquoi l’épouse n’abandonne-t-elle pas la tutelle si elle n’en peut plus, a déjà fait son deuil et souhaite refaire sa vie ?

Le cas de Vincent Lambert ne doit pas être un porte-étendard idéologique pour la légalisation de l’euthanasie des personnes vulnérables ou non productives.

Nous sommes au Pays des Droits de l’Homme, et la vie doit être protégée lorsqu’elle est encore là. Lorsqu’il y a un doute, il faut privilégier la vie !

S’il s’agit d’un problème de place à l’hôpital, ou de budget transférons-le dans une unité privée !

Il y a sûrement des considérations financières, mais quelles sont-elles ? Il n’est pas cancéreux, pas atteint de VIH ou de maladie auto-immune avec biothérapie, qui coûtent quand même bien plus cher et n’a vraisemblablement pas besoin d’imagerie complexe, il n’a pas d’assistance cardio-respiratoire, il est juste nourri et hydraté dans un état stable ( d’où le fait que l’on ressasse toujours les mêmes menaces depuis des années).

Il a logiquement besoin d’une aide-soignante et d’une infirmière qui assurent le nursing et le changement de position, de la kiné pour éviter les escarres…

L’administration de la nutrition et de l’hydratation par gastrotomie ou sonde naso-gastrique… Un lit médicalisé avec matelas anti-escarres et une potence… Bref : L’argument de la difficulté technique ou financière ne tient pas.

Il n’est pas non plus mentionné qu’il présente des souffrances insupportables qui nécessiteraient une sédation profonde, sauf si l’on ne veut pas voir en face des souffrances affreuses générées par l’arrêt même de la nutrition et de l’hydratation, qui entraînent la douleur cruelle de mourir de soif.

Donc cet argument de soulager d’hypothétiques souffrances pour abréger sa vie ne tient pas non plus.

S’il devait y avoir la question de l’obstination thérapeutique, elle se serait posée il y a 10 ans, quand Vincent était entre la vie et la mort.

Il a finalement choisi de vivre, avec l’aide et le dévouement des équipes médicales. Il ne s’agit pas non plus dans son cas présent d’une obstination déraisonnable car il ne s’agit pas de soins curatifs d’une maladie incurable, mais du soin corporel et nutritionnel de base d’une personne lourdement handicapée et sans défense.

Si le problème est la survie artificielle du simple fait de la nutrition, car ce patient est incapable de se nourrir par lui-même du fait de ses paralysies, alors nous pourrions tirer la même conclusion au sens large pour les personnes âgées dépendantes, hémiplégiques, sans parler des bébés qui ne sont pas autonomes !

La nourriture est vitale pour tous, et un droit incontestable, même pour ceux qui ne peuvent se nourrir par eux-mêmes !


Le médecin n’est pas le maître de la vie et de la mort et peut tout à fait se tromper dans son appréciation.

Lorsque ma propre mère a eu un grave accident de la route, alors qu’elle m’attendait, enceinte de 5 mois, l’équipe médicale de neurochirurgie au 5e étage du CHU de Grenoble ( unité où a d’ailleurs été admis Michaël Schumacher après son accident de ski ) avait préconisé de pratiquer un avortement sur ma maman, traumatisée crânienne, pour tenter de la sauver.

Mon père, à l’époque interne en Médecine s’y est opposé farouchement, et finalement, ma mère et moi avons eu la vie sauve, contre toute attente.

L’accident avait plongé ma mère dans un coma profond, et lorsqu’elle a repris conscience, elle a été capable de répéter tout ce qui a été dit à son sujet autour d’elle, et même par les infirmières dans le couloir d’à-côté !

C’est la raison pour laquelle nous devons avoir le plus grand respect pour la vie de tout patient dont la conscience est altérée. Il faut à tout prix éviter l’orgueil et la toute-puissance de la Médecine car nous ne détenons pas la Vérité absolue sur la vie et son mystère.

J’aurais pu être victime d’une erreur d’appréciation médicale. Je n’ai heureusement pas de séquelles et ma mère a parfaitement récupéré ses facultés. Même si Vincent Lambert a des séquelles cérébrales irréversibles, il vit toujours, et nul ne peut dire ce qu’il pense et pourquoi il s’accroche. Cela échappe à tout le monde.

Dans le doute, laissons Vincent en vie. Une partie de sa famille tient à lui et s’en occupe. C’est une chance pour lui, et non une maltraitance ! Il ne faudrait pas que la loi s’oppose à l’éthique et à l’intérêt-même de l’être humain.

Ce n’est pas parce que quelque chose est légal qu’il est forcément moral et bon. Nous l’avons observé dans de nombreux pays autoritaires, où la loi a mené à des pertes humaines innombrables. L’Holocauste en est un exemple criant.

Par ailleurs, aucune religion ne permet de donner la mort, il faut aussi en tenir compte. Dans notre monde en manque de repères moraux, culturels et éducatifs, quand on est en responsabilité, il faut bien discerner pour agir dans le sens du bien !

En conclusion, je pense qu’une décision soi-disant légale d’interrompre les soins de confort et de nutrition de base chez un patient handicapé, va contre le caractère légal de la loi Léonetti, ce que j’ai détaillé plus haut. Le CHU de Reims ne peut pas se réfugier derrière cette loi.

Ce serait tout à votre honneur de prendre une décision sage, conforme à votre conscience et au Serment d’Hippocrate.

C’est la confiance de l’opinion vis-à-vis du corps médical qui est en jeu.

Car la Médecine est là pour soigner, pas pour donner la mort, surtout dans ce cas tellement polémique.

La Loi Léonetti II suffit amplement à répondre à la majorité des vrais cas de fin de vie qui se présentent et protège ainsi les soignants comme les familles dans leurs décisions.

Ce n’est pas le cas de Vincent Lambert qui n’est pas mourant.

Si Vincent Lambert vit toujours, alors je vous en supplie, respectez sa vie !

Je vous prie d’agréer, Madame et Chère Consœur, l’expression de mes sentiments respectueux et dévoués,

Dr Sabine PALIARD-FRANCO


(1) Autre cas semblable : de Jean-Pierre Adams, footballeur, dans le coma depuis 37 ans, avec un bon et simple témoignage de son épouse Bernadette, qui s'en occupe depuis si longtemps avec grande affection et dévouement. (2'57)

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Abbé Zins
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#32 Message par Abbé Zins » jeu. 23 mai 2019 18:23


Alors que la polémique sur l’euthanasie revient en force avec l’affaire Vincent Lambert, il faut se rappeler que seules les autorités catholiques eurent le courage de s’opposer au programme Aktion T4 mis en place par Hitler en 1939 dans le but d’éliminer les personnes handicapées.

Dès 1935, cette euthanasie de masse était programmée par le régime nazi qui utilisa les travaux du juriste Karl Binding et du psychiatre Alfred Hoche. Ces derniers avaient publié, en 1920, un livre intitulé Le droit de détruire la vie dénuée de valeur.

Les nazis reprirent à leur compte les arguments développés dans cet ouvrage.

En premier lieu, il apparaissait nécessaire d’éliminer les personnes improductives, décrétées inutiles et même nuisibles car considérées comme un poids économique pour la société. Sous le régime nazi, toute action et toute vie sont analysées à travers le prisme de l’économie et de la productivité.

Le deuxième argument en faveur de l’euthanasie se rattache au dévoiement du concept de compassion : par pitié pour les malades considérés comme incurables, il faudrait les tuer afin de les délivrer de leur souffrance.

Enfin, le régime nazi promeut l’euthanasie eugéniste, élément structurel de son idéologie : les personnes handicapées représenteraient un danger pour la « pureté de la race » et le développement de la nation.

Ainsi, durant les années 1920 et 1930, l’euthanasie est au centre des débats en Allemagne. Malgré la vive opposition d’un grand nombre d’intellectuels, en particulier les théologiens, la notion d’euthanasie est progressivement acceptée.

L’État soutient ce débat par une active propagande dans l’espoir de faire basculer l’opinion publique de son côté. Notons que les médecins étaient la profession comptant la plus grande proportion de membres du parti nazi.

L’occasion de la mise en pratique de l’euthanasie se présente en août 1939 avec l’affaire Knauer : un couple d’Allemands demande au Führer l’autorisation de tuer leur enfant incurable. L’autorisation est donnée par l’État nazi qui, opportunément, utilise ce cas particulier pour généraliser une pratique prévue de longue date.

Une circulaire du mois d’août 1939 ordonne aux médecins de signaler toutes les naissances d’enfants mal formés. Leur euthanasie se fait par voie médicamenteuse.

Quelques semaines plus tard, en octobre, Hitler rédige un décret qui autorise l’euthanasie des malades déclarés incurables. Resté officieux, ce décret est le point de départ d’une campagne d’élimination désignée sous le nom de code Aktion T4.

Des questionnaires sur les patients sont envoyés dans tous les asiles allemands et autrichiens. Ils sont volontairement très flous pour que les médecins qui les remplissent n’en comprennent pas la finalité.

La sélection des malades ne porte pas tant sur la gravité de leur pathologie que sur leur aptitude au travail.

Plus de 70.000 handicapés physiques ou mentaux sont ainsi assassinés entre août 1939 et janvier 1941.

Malgré la volonté de garder l’opération secrète, les rumeurs filtrent de plus en plus, l’inquiétude et les protestations se multiplient.

Seuls les catholiques ont la conscience et le courage de s’opposer à cette campagne d’extermination.

L’évêque de Münster, Clemens von Galen, va jouer un rôle fondamental dans l’arrêt du programme Aktion T4.

Depuis 1934, il ne cesse de critiquer la politique du gouvernement allemand et, en juillet 1941, il dénonce, en chaire, dans plusieurs sermons, la politique d’euthanasie du pays en évoquant « une doctrine terrible qui cherche à justifier le meurtre des personnes innocentes, qui légitimise le massacre violent des personnes handicapées qui ne sont plus capables de travailler, des estropiés, des incurables, des personnes âgées et des infirmes ».

Le 28 juillet, ayant connaissance d’une prochaine rafle de personnes handicapées, il porte plainte en justice contre l’État allemand. Cette action devant les tribunaux va faire reculer le régime nazi et entérine sa renonciation au programme Aktion T4.

En représailles, Hitler projette d’arrêter l’évêque de Münster pour le condamner à mort ; il renonce finalement, craignant la réaction de la population catholique.

Ainsi, le courage d’un évêque a permis l’arrêt d’un programme de mise à mort organisé à l’échelle d’un pays. (....)

Thérèse Puppinck


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Re: Est-il toujours interdit de...

#33 Message par gabrielle » dim. 26 mai 2019 14:39

L'esprit du dictateur allemand fait "fureur" de nos jours. Ici, on camoufle l'euthanasie sous le nom "d'aide médicale à mourir". Les médecins du Collectif contre l'euthanasie n'ont aucune visibilité soit dans les journaux ou la télé, les médias les bâillonnent systématiquement. Nous sommes rendus à une publicité qui fait la une, quand un personnage connu va se faire suicider avec l'aide d'un médecin.

Dans un siècle où on ne cesse de parler de l'humanisme, la vie humaine et son sens sacré ont perdu toute valeur, jamais un siècle ne fut plus sans coeur.

Merci beaucoup Monsieur l'abbé pour ces articles, je les ferai parvenir à la présidente du Collectifs des médecins

"Tuer n'est pas un soin"

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Abenader
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Re: Est-il toujours interdit de...

#34 Message par Abenader » ven. 07 juin 2019 14:21

Merci beaucoup pour ces éclaircissements.

Permettez que je poursuive.

4. Est-il toujours interdit de se faire justice soi-même ?

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Abbé Zins
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Re: Est-il toujours interdit de...

#35 Message par Abbé Zins » sam. 08 juin 2019 10:15

Abenader a écrit :
ven. 07 juin 2019 14:21


4. Est-il toujours interdit de se faire justice soi-même ?

Il est bien difficile de répondre en soi à une telle question, en dehors de tout cadre et contexte plus précis. Notamment, interdit légalement ou civilement, ou interdit moralement ? Par rapport à ceux sur lesquels on a autorité ou pas ? Avec possibilité d'avoir recours à qui pourrait nous rendre justice ou pas ? En pouvant le faire sans manquer à la justice morale ou pas ?

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Abenader
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Re: Est-il toujours interdit de...

#36 Message par Abenader » sam. 08 juin 2019 15:09

Cher abbé, j'ai intentionnellement laissé le champ très large à cette question, ainsi on pourra en faire le tour.

Mais je vais un peu resserrer.

Nous sommes d'accord que c'est à l'autorité légitime de rendre justice et de punir.

Mais si celle-ci est inexistante, ou corrompue, ou qu'elle ne veuille - pour un motif ou un autre - rendre la justice, qu'en est-il au regard de la loi morale ?

D'un côté, le Seigneur ordonne:
Rom. 12-19 a écrit :Ne vous vengez point vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez agir la colère; car il est écrit: A moi la vengeance, à moi la rétribution.
Egalement,
Deut. 32-35 a écrit :A moi la vengeance et la rétribution
Mais si le Seigneur ordonne de ne point se venger, il ordonne également au(x) chef(s) de rendre justice.

Or, si ces chefs ne le font pas, s'ils prévariquent de leur obligation ? S'ils laissent acquittent et laissent libre l'assassin ? Dans ce cas, peut-on se rendre justice soi-même ?

Attention, je ne parle pas de se venger, mais de rendre justice.

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Re: Est-il toujours interdit de...

#37 Message par Abbé Zins » ven. 05 juil. 2019 19:54


PAROISSE DE LA TRINITE EN BEAUJOLAIS


« Rétablissement de la peine de mort »


On ne le dira jamais assez, quitte à déplaire - mais est-ce que la parole de Dieu est venue en ce monde pour plaire ? – la culture de mort avance à grands pas dans notre pays et avec un cynisme rarement égalé auparavant.

En effet, on renvoie une députée parce qu’elle dit son opinion, en se justifiant d’un désir de débat apaisé : il n’y a là aucun débat ni apaisement : plutôt un extrémisme camouflé.

On veut désormais concevoir des enfants sans père, tout en militant pour la parité : vaste scandale qui va permettre de concevoir des enfants orphelins, dans un esprit d’exclusion sans précédent, pour le caprice d’une minorité ? On milite contre les OGM, mais le petit d’homme est un matériau de laboratoire.

On ne dit jamais que cette conception artificielle s’accompagne toujours d’un tri des embryons viables, de choix génétiques : on élimine les petits bébés jugés « imparfaits » ou non attendus : donner une hiérarchie dans les personnes humaines, mettre à mort les handicapés, chercher la race la meilleure, cela s’appelle clairement du nazisme.

La « justice française » – mais mérite-t-elle encore ce titre désormais ? – a donc décidé de mettre à mort Vincent Lambert – qui n’est pas dans un état végétatif – par déshydratation, contre un avis d’autorité de l’ONU, et sans que le pouvoir ne s’y oppose. Certains ministres militent ouvertement, sans être inquiétés, contre l’objection de conscience des médecins, obstétriciens, qui ne veulent pas participer à un avortement. Bel exemple d’intolérance et d’esprit antidémocratique.

Bref, la peine de mort est restaurée ; il y a un seul bémol ; ce n’est plus pour les coupables : c’est pour les innocents ; les papas, les handicapés, les paroles libres, les consciences ; si on me prouve que je me trompe, je m’excuserai… En attendant je ne veux pas mourir de honte de n’avoir rien dit.


Abbé Timothée Pattyn

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Re: Est-il toujours interdit de...

#38 Message par Laetitia » dim. 07 juil. 2019 17:19

Abenader a écrit :
ven. 05 avr. 2019 21:28

Connaissez-vous l'affaire Vincent Lambert ? Si oui, qu'en pensez-vous ?
Voici un article extrait du site Gènéthique
Dossier de bioéthique

Alors que Vincent Lambert est entre la vie et la mort, le professeur Xavier Ducrocq (*), neurologue, explique la gravité des dérives euthanasiques qui ont conduit à cet acte inhumain.
 
Gènéthique : Le Docteur Sanchez vient d’arrêter l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert, comment réagissez-vous à ce qui est en train de se passer ?

Xavier Ducrocq : Mon premier sentiment, c’est la tristesse et derrière, une sourde colère parce que ce qui arrive est injuste. Cette décision est fabriquée à partir d’un tissu de mensonges successifs dont le premier a été de faire dire à Vincent Lambert qu’il voulait mourir. Or, il n’a jamais pu exprimer une volonté certaine de mourir, ni même l’écrire. Ce mensonge transmis par l’équipe médicale a été cru par une partie de la famille quand l’autre a réagi. En 2013, suite à la malheureuse décision d’arrêter l’alimentation et de suspendre l’hydratation - Vincent a résisté pendant 30 jours à ce traitement inhumain - la famille s’est divisée. Si je pense qu’une réconciliation autour de Vincent vivant serait possible, cette fracture sera définitive une fois Vincent décédé.

Sur le plan médical, on va provoquer délibérément la mort d’une personne qui n’est pas en fin de vie mais qui est seulement grand handicapé parce qu’ « on » a estimé que sa vie était insoutenable et qu’elle ne valait plus la peine d’être vécue. Pourtant, comme neurologue, je constate moi-même que des personnes dans des situations incroyablement difficiles font preuve d’une volonté de vivre et d’une lutte pied à pied contre la mort. Depuis 6 ans, Vincent Lambert vit, seulement assisté pour l’alimentation et l’hydratation et on va le faire mourir à une heure donnée parce qu’on estime indécent qu’il vive.

L’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation accompagné d’une sédation est une action qui en elle-même et dans son objectif n’a d’autre visée que de provoquer la mort de Vincent Lambert. C’est une euthanasie qui ne dit pas son nom.
 

G : Jean Léonetti est intervenu dans de nombreux médias ces derniers jours pour expliquer que la mort de Vincent Lambert était conforme à la loi qui porte son nom et que ce n’était pas un « assassinat ». Qu’en pensez-vous ?

XD : Toutes les instances judiciaires, qui s’appuient sur la loi Leonetti, estiment qu’il est parfaitement légal de mettre fin à la vie de Vincent Lambert. Pourtant c’est une vraie régression qui nous ramène à l’époque du procès de Nuremberg. Hannah Arendt, journaliste et philosophe, qui a assisté au procès Eichmann, parlait de la « banalité du mal ». On y est. La ministre de la santé est allée jusqu’à dire que Vincent Lambert n’était pas handicapé. Le Président de la république qui a expliqué qu’il ne pouvait pas intervenir auprès de la justice sur cette affaire, il s’est pourtant pourvu en cassation. Aujourd’hui, on ne prend pas la mesure de la gravité de ce qui est en train de se passer. On justifie la mort au nom de la pitié, ce que les américains appellent le « mercy killing », la mort de miséricorde, l’argument compassionnel en français. Il n’y a pas de compassion dans le fait de donner la mort (cf. « L’homme de ce temps a le cœur dur et la tripe sensible » (Bernanos)). C’est une pitié dévoyée.

Au sujet des propos de Jean Léonetti, beaucoup vont se rendre compte de ce que contient effectivement sa loi. L’euthanasie devient une évidence. L’absence du mot ne supprime pas la réalité des faits. Il est symptomatique que, lors des préliminaires de la loi Claeys-Leonetti, l’Union Nationale des Associations de Familles de Traumatisés crâniens et de Cérébro-lésés n’ait pas été auditionnée. L’intention du législateur était claire : permettre de donner la mort à ces personnes. Et la loi n’a « évolué » que dans ce sens alors qu’il aurait été pertinent de préciser les définitions de l’obstination déraisonnable et de travailler autour de la procédure collégiale. Vincent Lambert est le premier d’une série dont il est à craindre qu’elle soit longue. Ce qui est dramatique, c’est que, dans ce contexte, les soins palliatifs s’accommodent de cette situation. Cette anesthésie est redoutable parce qu’on est en train de changer profondément la pratique médicale : faire mourir Vincent Lambert c’est enterrer Hippocrate, c’est introduire un nouveau paradigme où donner la mort devient une option thérapeutique. Et ce qui était un « choix » inscrit dans la loi va devenir un devoir : certains auront le devoir de mourir !
 

G : Comment les choses vont-elles évoluer pour Vincent Lambert ? Les parents de Vincent Lambert sont-ils auprès de lui ?

XD : Ces deux derniers jours, il semble qu’on ait administré des calmants au patient. L’alimentation va être arrêtée aujourd’hui, un minimum d’hydratation sera utilisé pour passer le produit sédatif.

Selon les jours pairs ou impairs, les différents bords de la famille qui s’opposent pourront venir quelques heures auprès de Vincent. La plupart du temps, il sera seul. Seul, handicapé, face à la mort. La sédation va abolir sa conscience et le priver de ce dernier faible maillon relationnel qui le liait à ceux qui l’entourent.

Quand la procédure a été engagée le 20 mai dernier, Rachel Lambert avait pu passer une nuit auprès de lui. Une seule. Avec cette procédure, Vincent Lambert, qui a prouvé sa résistance lors de la première procédure de 2013, peut mettre entre 4/5 jours et un mois à mourir. C’est finalement le niveau de sédation qui va décider de sa mort. Cette mise en scène est particulièrement inhumaine compte tenu de la fin poursuivie.
 

G : Ce passage en force est-il justifié ? Quel sens revêt-il pour le corps médical ? Pour l’avenir des patients en état végétatif ou pauci-relationnel ?

XD : Vincent Lambert est le premier d’une longue liste. Sur la base de la loi Leonetti, on va créer un devoir de mourir ; les personnes âgées le disent déjà qui ne veulent plus être un « poids » pour leur famille. C’est dramatique.

Je ne peux pas m’empêcher de me rappeler cette citation de Jean Rostand[1] : « Je pense qu'il n'est aucune vie, si dégradée, si détériorée, si abaissée, si appauvrie soit-elle, qui ne mérite le respect et ne vaille qu'on la défende avec zèle. J'ai la faiblesse de penser que c'est l'honneur d'une société que d'assumer, que de vouloir ce luxe pesant que représente pour elle la charge des incurables, des inutiles, des incapables; et je mesurerais presque son degré de civilisation à la quantité de peine et de vigilance qu'elle s'impose par pur respect de la vie... Quand l'habitude sera prise d'éliminer les monstres, de moindres tares feraient figure de monstruosités. De la suppression de l'horrible à celle de l'indésirable, il n'y a qu 'un pas... Cette société nettoyée, assainie, cette société où la pitié n'aurait plus d'emploi, cette société sans déchets, sans bavures, où les normaux et les forts bénéficieraient des ressources qu'absorbent jusqu'ici les anormaux et les faibles, cette société renouerait avec Sparte et ravirait les disciples de Nietszche: je ne suis pas sûr qu'elle mériterait encore d'être appelée une société humaine ».
 

G : Des études montrent que des moyens existent pour tester le niveau de conscience des patients. Lesquels ? Pourquoi n’ont-ils pas été utilisés ?

XD : En 2006, une première publication a bouleversé le regard sur ces personnes en état de conscience altérée : état végétatifs ou pauci-relationnels. L’IRM fonctionnelle a permis d’analyser les réactions du cerveau aux stimulations avec la question de distinguer celles qui étaient réflexes, de celles qualifiées de volontaires. L’étude a donné des résultats étonnants. Les réactions observées chez une patiente ont montré que ses différentes réactions étaient superposables à celles de personnes parfaitement conscientes et suggéraient que ces réponses n’étaient pas réflexes. Cette expérience s’est reproduite chez d’autres patients. L’un d’entre eux a recouvré plus tard des moyens de communication et a pu exprimer que ce moment avait été le meilleur de sa vie : on était entré en contact avec lui par le biais de l’IRM fonctionnelle. Le Professeur Laureys estime que, dans 40% des cas, on étiquette en état végétatif des personnes relationnelles en état de conscience minimale[2]. Comme je le dis souvent, l’absence de preuve de conscience n’est pas la preuve d’absence de conscience. Aussi, la prudence s’impose !!

Je fais souvent ce parallèle historique. A une époque pas si lointaine, on a pu considérer les sourds muets comme des demeurés. Or, on s’est aperçu que leur conscience était développée et on a pu communiquer avec eux en mettant au point un langage. Ils sont dans un monde différent du nôtre et ne souhaitent pas forcément être appareillés, mais leur intelligence est aussi développée que la nôtre.
De même pour les personnes en Locked-In Syndrome qu’on a longtemps crues en état de coma. Un jour, on s’est aperçu que ces personnes étaient parfaitement conscientes, qu’elles avaient des capacités intellectuelles intactes. Certaines ont écrit des livres. Que se serait-il passé si on les avait éliminées ?

La même prudence s’impose pour les personnes en état de conscience altérée. L’avenir va nous réserver des surprises au fur et à mesure que des outils vont se développer, on va pouvoir mieux connaître l’état de conscience de ces personnes. Un travail français récent (Naccache 2019[3]) a montré que les observations cliniques des soignants étaient aussi pertinentes que les résultats obtenus par des investigations sophistiquées. C’est dire l’intérêt d’une observation clinico-comportementale prolongée, ce dont Vincent Lambert n’a malheureusement bénéficié à aucun moment dans les expertises dont il a fait l’objet.

En 2018, une étude sur la stimulation du nerf vague, conduite par le Pr. Luauté à Lyon[4], où l’état de conscience de la personne s’est améliorée, a été tournée en dérision. Pourtant, des cas de récupération après des années de conscience altérée ont été signalés. Et quand les personnes se « réveillent », elles ne demandent pas à mourir ! Il est impératif de mener des recherches dans ce domaine. Comme pour la trisomie 21, il est urgent de trouver un traitement sinon ces patients vont être éliminés. Au-delà de l’état de conscience, il y a une vie et elle est respectable. Si nous éliminons les plus vulnérables, nous allons tomber dans la barbarie. Après les patients en état de conscience altérée, quelles seront les prochaines victimes ?


[1] Le courrier d'un biologiste.
[2] Science. 2006 Sep 8;313(5792):1402 - Detecting awareness in the vegetative state, Owen AM, Coleman MR, Boly M, Davis MH, Laureys S, Pickard JD.
[3] Wisdom of the caregivers: pooling individual subjective reports to diagnose states of consciousness in brain-injured patients, a monocentric prospective study. Hermann B, Goudard G, Courcoux K, Valente M, Labat S, Despois L, Bourmaleau J, Richard-Gilis L, Faugeras F, Demeret S, Sitt JD, Naccache L, Rohaut B ; Pitié-Salpétrière hospital Neuro-ICU.
[4] Volume 27, Issue 18, 25 September 2017, Pages R994-R996 - Restoring consciousness with vagus nerve stimulation, Author links open overlay panel, MartinaCorazzol, GuillaumeLio, ArthurLefevre, GianlucaDeiana, LaurenceTell, NathalieAndré-Obadia, PierreBourdillon, MarcGuenot, MichelDesmurget, JacquesLuauté, AngelaSirigu.
[*] Le Docteur Xavier Ducrocq est docteur en Médecine, spécialisé en neurologie depuis 1986. Il est praticien hospitalier au Service de neurologie du CHRU de Nancy depuis 1989, et professeur de neurologie à l'université de Lorraine depuis 2001. Il est coordonnateur médical de l'Unité Neurovasculaire Meuse depuis janvier 2015 et depuis septembre, chef du service de neurologie du CHR de Metz-Thionville. Il est spécialisé dans le domaine des maladies cérébrovasculaires (AVC) et responsable médical du programme Télémédecine-AVC en Lorraine. Il a été Président du Comité d'éthique du CHRU de Nancy et de l'Espace lorrain d'Ethique de la Santé de 2007 à 2015.

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Laetitia
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Re: Est-il toujours interdit de...

#39 Message par Laetitia » dim. 07 juil. 2019 21:52

Voici un autre article qui mérite d'être cité, celui-ci est extrait du site ECLJ (European centre for law & justice).

Réponses à 10 affirmations courantes favorables à l'euthanasie de Vincent Lambert, par Christophe Foltzenlogel.

La détermination des parents de Vincent Lambert à l’égard de la vie de leur fils, malgré son très lourd handicap, suscite de l’admiration mais également beaucoup d’incompréhensions et de mépris.

À l’heure où Vincent est matériellement en train de mourir de faim et de soif, ces questions et objections, qui sont d’ordre général ou particulières au cas de Vincent Lambert, méritent des réponses.
 

1. « Sa mère n’a qu’à prendre son fils chez elle et s’en occuper elle-même ! »

Ses parents le souhaiteraient et plusieurs autorités médicales ont reconnu que Vincent Lambert pourrait tout à fait être hébergé chez ses parents. Ils en ont fait la demande plusieurs fois auprès des juridictions françaises et cela leur a été expressément et systématiquement refusé. C’est le premier problème fondamental et spécifique à cette affaire : Vincent Lambert n’est pas dans l’unité de soins adaptée à sa situation. Il ne devrait pas être dans un service de soins palliatifs mais dans une maison ou clinique adaptée et spécialisée pour son handicap. Certains hôpitaux et cliniques privés spécialisés pour ce genre de handicap ont proposé d’accueillir Vincent Lambert dans leurs structures. Cela fut également systématiquement refusé.
Dans une tribune collective du 18 avril 2018, 70 « médecins et professionnels spécialisés dans la prise en charge de personnes cérébro-lésées en état végétatif ou pauci-relationnel » affirment à propos de Vincent Lambert qu’« il est manifeste qu’il n’est pas en fin de vie. » La durée moyenne de séjour en unité de soins palliatifs en France est de 16 jours. Vincent vit dans une unité de soins palliatifs depuis 10 ans. Cela montre bien qu’il n’est pas en fin de vie.
 

2. « Personne ne voudrait vivre comme ça, ce n’est pas une vie ! »

Oui, personne ne voudrait vivre dans une telle situation. Il y a cependant un sophisme à conclure que l’on devrait euthanasier une personne vivant dans une telle situation.
En effet, ce n’est pas parce que l’on souffre d’un mal ou de plusieurs maux que l’on voudrait nécessairement mourir. Personne ne souhaite perdre un bras dans un accident de travail et se retrouver au chômage. Cependant, si une telle chose arrive, une personne ne perd pas nécessairement la volonté de vivre. La réponse d’une société empathique ne doit pas être de maintenir une personne dans sa peine en l’invitant à mettre fin à ses jours pour ne plus souffrir, mais à la soigner, et à l’aider à comprendre que la vie vaut la peine d’être vécue.
De plus, juger de la valeur d’une vie d’une personne est dangereux. Quels critères permettent de dire qu’une vie vaut la peine d’être vécue ? Sont-ils universaux et acceptés par tous ?
 

3. « Il a dit qu’il ne voulait pas qu’on le maintienne dans un tel état, respectez sa volonté ! »

C’est un point discuté dans cette affaire. Dans les faits, il n’a pas rédigé de directives anticipées, bien qu’il fût infirmier et informé d’une telle possibilité.
De plus, seule son épouse prétend rapporter des propos qu’il aurait tenus, ainsi qu’un frère qui prétend faire état de ses « dernières volontés ». L’ensemble de ses autres frères, sœurs, et même le demi-neveu ont affirmé que Vincent ne leur avait jamais rien exprimé à ce sujet. Ils ont cependant tous déduit cette prétendue volonté de ne pas être maintenu en vie de sa personnalité. Est-ce fiable ?
La réalité, c’est que chacun d’entre nous a déjà dit à ses proches qu’il ne voudrait pas vivre handicapé ou diminué. Cela ne signifie pas que l’on veuille être euthanasié dans ce cas-là. Même en exprimant clairement une telle volonté lorsque l’on est en bonne santé, l’expérience unanime des soignants est qu’une fois l’accident survenu, la volonté évolue car la volonté de vivre est bien souvent la plus forte.
Vincent Lambert a eu son accident de voiture en 2008. Or, ce n’est qu’en 2013, après une longue conversation avec le Dr Kariger, favorable à « un chemin de fin de vie », que Rachel Lambert va dire que telle était la volonté exprimée par son mari. Elle n’avait pas fait part publiquement de ces propos.
Sur cette base, le Dr Kariger tenta cette année-là une première euthanasie de Vincent Lambert. Le docteur continuant de l’hydrater (250-300mL/jour), Vincent Lambert a survécu à la faim pendant 31 jours. Cette résilience, qui s’est maintenue jusqu’à présent, est un indice sérieux d’une volonté personnelle de vivre. C’est ce qu’affirment tous les soignants spécialistes de ces patients et selon leur expérience, les patients comme Vincent Lambert qui ne veulent plus vivre ou « qui lâchent psychologiquement » partent en quelques jours, voire en quelques heures, sans signes avant-coureurs.
 

4. « Il n’a plus conscience de lui-même, c’est un légume ! »

La question est débattue mais les divers diagnostiques établis au cours de toute la procédure judiciaire indiquent que Vincent Lambert est dans un état chronique de conscience altérée qui regroupe les états allant de « végétatif » à « pauci-relationnel ». Il respire seul, dort et se réveille. Il est alimenté par une gastrostomie. Ses mouvements et expressions faciales sont difficiles à interpréter médicalement, mais il est certain qu’il y a une interaction possible avec des personnes, aussi minimes soient-elles. Par exemple, il tourne les yeux et la tête vers sa mère quand elle l’appelle. Plusieurs vidéos prises par sa mère attestent de réactions à des sollicitations et a minima d’un éveil clair de Vincent Lambert, démontrant qu’il n’est pas un « légume. »
Si l’on considère que Vincent Lambert est dans un état végétatif tel qu’il ne pourrait rien exprimer ni même avoir conscience de son environnement – ce que contestent ses parents, alors on ne peut pas prétendre connaître sa véritable volonté à ce jour et prétendre avec certitude qu’il voudrait mourir. Cela rend l’euthanasie de Vincent Lambert d’autant plus choquante : la sagesse traditionnelle veut que « dans le doute, on s’abstient ». Ici, dans le doute, on le tue. Et si d’ailleurs Vincent Lambert n’était plus qu’un légume qui ne ressent et n’a plus conscience de rien, pourquoi vouloir le sédater pour qu’il ne souffre pas ?
 

5. « Non à l’acharnement thérapeutique ! »

Nous sommes entièrement d’accord. Seulement, dans le cas de Vincent Lambert, il ne s’agit pas d’un traitement médical. Il ne prend pas de médicaments, ne subit pas de pontages réguliers, n’est pas branché à une machine d’assistance respiratoire. Il n’est pas en fin de vie. Le 21 novembre 2018, les experts médicaux mandatés par la justice affirment que les « besoins fondamentaux primaires ne relèvent pas de l’acharnement thérapeutique ou d’une obstination déraisonnable » et que la situation médicale de Vincent Lambert « n’appelle aucune mesure d’urgence ».
Certes, son alimentation par gastrostomie se fait par une sonde. Le moyend’administrer l’alimentation est bien infirmier. Mais ce qui est administré n’est pas un médicament, ni un traitement, ni un artifice : c’est de la nourriture, comme tous les êtres humains ont besoin. De plus, dans le cas précis de Vincent Lambert, il faut dire qu’il est capable de déglutir de petites quantités de nourriture. Cependant, ses médecins successifs n’ont jamais cherché à stimuler cette capacité en vue d’un recouvrement de ses facultés.
Ainsi, priver Vincent Lambert de son alimentation n’est pas le « laisser partir » ou le « laisser mourir », c’est le faire mourir. Il est erroné et gravissime de voir dans la simple alimentation assistée d’une personne handicapée « une obstination déraisonnable ». Il y a en France des milliers des personnes qui ne peuvent pas se nourrir seules, certaines sont même malades et âgées. Serait-il légitime de les laisser mourir en ne les nourrissant plus ?
 

6. « Je suis contre l’euthanasie, mais là… »

… Mais là, c’est bien d’une euthanasie dont il s’agit : la décision par un tiers, le Dr Sanchez, de priver délibérément d’eau et de nourriture une personne avec pour objectif final de le faire mourir. Refuser de nourrir et d’hydrater un handicapé pour provoquer sa mort car on estime que son handicap est trop grave constitue, pour un médecin, un reniement du serment d’Hippocrate.
Si l’on n’est pas ferme sur un principe moral général, alors on se place directement sur une pente glissante. Certes, la situation médicale de Vincent Lambert est terrible et difficile ; mais s’il peut faire l’objet d’une euthanasie par la volonté de sa tutrice et de son médecin, pourquoi des personnes dans le coma depuis plus de 20 ans ne devraient-elles pas, elles aussi, être accompagnées vers une fin digne ? Et pourquoi attendre 20 ans d’ailleurs ? Et si l’alimentation par sonde est un traitement, pourquoi ne pas arrêter le traitement d’autres personnes qui ne peuvent se nourrir seules ?
La direction de cette pente, c’est la Belgique, qui permet légalement aujourd’hui l’euthanasie à la demande de mineurs dépressifs.
 

7. « Sa mère est une catholique traditionaliste qui fait subir à son fils ses croyances, c’est ignoble ! »

Lorsque les gens disent qu’il vaut mieux l’euthanasier car « personne ne voudrait vivre dans une telle situation », ces gens prétendent eux-aussi imposer leurs convictions à Vincent. Dès lors que Vincent Lambert ne peut pas exprimer sa volonté, les actions entreprises sur lui sont nécessairement imposées, que ce soit la vie ou la mort. Pourquoi un païen qui ne croit pas en la vie après la mort serait-il plus légitime à imposer ses croyances à Vincent ? Il est tout à fait absurde que certains se moquent des croyances des parents de Vincent Lambert tout en assénant qu’une fois mort, Vincent Lambert ne souffrira plus. Qu’en savent-ils ?
À titre de rappel historique, seules les autorités catholiques s’opposèrent au programme hitlérien "Aktion T4" mis en place en 1939 dans le but d’éliminer les personnes handicapées. Selon le texte du décret du programme, le but était « d'accorder une mort miséricordieuse aux malades qui, selon les critères humains, auront été déclarés incurables après un examen critique de leur état de santé. »
 

8. « Quels coûts pour la sécurité sociale ! »

Oui. Mais fonder un jugement sur la vie ou la mort d’une personne sur des considérations financières est dangereux… pour tout le monde. Que dire de toutes les personnes plongées dans le coma ? Celles atteintes de cancers graves, foudroyants ou lents ? Doit-on fixer un âge au-delà duquel vivre reviendrait trop cher à la société et justifierait qu’on euthanasie une personne trop âgée ? Cela va à l'encontre du principe fondamental de notre système de sécurité sociale : contribuer à hauteur de ses moyens et être soigné en fonction de ses besoins.
Dans le cas particulier de Vincent Lambert, celui-ci ayant eu son accident de voiture sur le trajet entre son domicile et son lieu de travail, il est financièrement pris en charge par la compagnie d’assurance de son employeur, et non véritablement « par nos impôts ». De plus, les frais journaliers dans un établissement spécialisé qui lui serait adapté sont deux à trois fois moindres que dans un service de soins palliatifs. Le transfert demandé depuis des années par ses parents réduirait d'autant les coûts.
 

9. « L’ONU n’a rien à voir dans cette affaire. Les exigences de ses comités n’ont aucune valeur en France »

Les Nations unies sont une organisation internationale que les États ont eux-mêmes créée et acceptée en ratifiant un traité constitutif. Or, selon notre Constitution et la jurisprudence du Conseil constitutionnel, les traités internationaux ratifiés par la France s’intègrent à notre ordre légal et ont une force juridique supérieure à la loi.
En l’espèce, dès lors que la France a signé la Convention relative aux droits des personnes handicapées et son Protocole facultatif, elle s’est engagée, selon notre propre droit national, à reconnaître « que les personnes handicapées ont le droit de jouir du meilleur état de santé possible sans discrimination fondée sur le handicap » et à « Empêche[r] tout refus discriminatoire de fournir des soins ou services médicaux ou des aliments ou des liquides en raison d’un handicap. »
Dès lors que les parents de Vincent Lambert ne sont pas parvenus à faire reconnaître le droit à la vie et aux soins de leur fils handicapé en France, il était légitime pour eux de saisir le Comité des droits des personnes handicapées chargé de veiller à la bonne application de ladite convention par la France.
La France a l'obligation de respecter la demande de ce Comité de ne pas faire mourir Vincent Lambert car elle a reconnu à ce Comité le pouvoir de prescrire les « mesures conservatoires nécessaires pour éviter qu'un dommage irréparable ne soit causé aux victimes de la violation présumée ». En outre, le respect de ces mesures est une condition à l'effectivité du droit de recours individuel auprès des cette instance.
 

10. « Toutes ces années de procédures, c’est de l’acharnement judiciaire en plus de l’acharnement médical ! »

Personne ne s’engage dans des années de procédures judiciaires par plaisir et cela n’était ni ce qu’imaginaient, ni ce que voulaient les parents de Vincent Lambert.
Aux sources de cette volonté de protéger la vie de leur fils, il y a évidemment et en premier lieu l’amour parental ; mais il y a aussi la conviction de subir une injustice, d’œuvrer pour la protection de principes et de protéger la vie d’autres personnes qui sont dans des situations similaires à celle de Vincent Lambert.
C’est l’injustice et le scandale qui justifient moralement d’engager tous les recours possibles selon le droit français et international : voir leur fils handicapé être, pour ce motif, assoiffé et affamé jusqu’à la mort par décision d’un médecin et de la justice.
L’acharnement n’est ni thérapeutique, ni judiciaire, il est thanatologique.

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Abenader
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Re: Est-il toujours interdit de...

#40 Message par Abenader » jeu. 11 juil. 2019 11:16

Vincent Lambert est décédé ce matin.

Pie Jesu Domine, dona ei requiem sempiternam.

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