Question sur les jeux d'argent

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chartreux
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Question sur les jeux d'argent

#1 Message par chartreux » jeu. 28 avr. 2016 10:33

J'ai entendu dire que les jeux d'argent étaient interdits, mais je ne me souviens pas en avoir trouvé précisément mention dans le petit catéchisme de Saint Pie X qui est le seul que je connaisse un peu bien.
J'ai entendu d'autres plaider que ces jeux (certains en tous cas) peuvent être l'occasion d'un travail intellectuel et donc que le principe de "tout travail mérite salaire" s'appliquerait ici.
Toutes ces considérations me sont revenues à l'esprit lorsque dans ma recherche d'emploi j'ai rencontré une offre provenant d'un casino.


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Laetitia
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Re: Question sur les jeux d'argent

#2 Message par Laetitia » sam. 30 avr. 2016 19:07

chartreux a écrit :J'ai entendu dire que les jeux d'argent étaient interdits, mais je ne me souviens pas en avoir trouvé précisément mention dans le petit catéchisme de Saint Pie X qui est le seul que je connaisse un peu bien.
J'ai entendu d'autres plaider que ces jeux (certains en tous cas) peuvent être l'occasion d'un travail intellectuel et donc que le principe de "tout travail mérite salaire" s'appliquerait ici.
Toutes ces considérations me sont revenues à l'esprit lorsque dans ma recherche d'emploi j'ai rencontré une offre provenant d'un casino.
Votre question comporte trois parties.

1 -
Chartreux a écrit :J'ai entendu dire que les jeux d'argent étaient interdits, mais je ne me souviens pas en avoir trouvé précisément mention dans le petit catéchisme de Saint Pie X qui est le seul que je connaisse un peu bien.
Qu'appelle-t-on jeu ? Le jeu est une activité divertissante, soumise ou non à des règles, pratiquée par les enfants de manière désintéressée et par les adultes à des fins parfois lucratives. (dictionnaire de la langue française)

Au départ le jeu a donc pour but un divertissement de l'esprit.
Lorsque qu'un but lucratif se rajoute au divertissement, on peut alors parler de jeu d'argent.

Voici ce que nous lisons dans l'ouvrage : Théologie morale ou résolution des cas de conscience … [Genet], tome premier, 1688.
Théologie morale...p.571 ssq, chapitre III a écrit : Qu'est-ce que le jeu ?

C'est selon saint Thomas, ce que l'on dit ou ce que l'on fait principalement pour délasser l'esprit. C'est pour cela que le jeu est donné comme un remède pour délasser l'esprit ; et que de la même façon que le sommeil est donné au corps, pour réparer ses forces par le repos, de même le jeu est donné à l'esprit, afin que par quelque divertissement il cesse de s'appliquer à la considération des choses spéculatives, ou pratiques, et que par ce moyen il puisse réparer ses forces, et comprendre en suite avec plus de facilité les choses auxquelles il s'appliquera.

Le jeu ne se prend pas ici de la façon que le prennent ordinairement les Casuistes, qui disent que c'est un contrat par lequel deux ou plusieurs personnes exposent au danger de la perte de leur bien, sous espérance de gagner celui d'autrui ; et font ainsi consister la fin du jeu dans une intention de gagner ; ce qui ferait qu'il serait toujours défendu, parce qu'il n'est pas permis, selon saint Thomas de jouer par une avidité de gagner ; mais il se prend de la façon que le prennent saint Thomas au lieu ci-dessus cité, et saint Antonin dans la seconde partie tit. I. chap. 23 et c'est en ce sens que le même saint Thomas dit qu'il est quelquefois nécessaire de jouer pour délasser l'esprit.

Combien y a-t-il de sortes de jeux ?

Saint Thomas dit, qu'il y en a de trois sortes. Les premiers sont ceux qui ont en soi quelque difformité, que tout les monde doit éviter, et principalement ceux qui doivent faire pénitence de leurs péchés ; comme sont les jeux qui se représentent sur le théâtre, et qui portent à l'impureté.
Les seconds sont ceux qui proviennent de la joie que nous avons d'être bien avec Dieu, comme fit David, lorsqu'il dit, comme il est rapporté dans le second livre des Rois chap.4. Je jouerai, et je me rendrai petit devant Dieu ; et ces jeux ne doivent pas être évités, mais au contraire sont louables et dignes de gloire.
Les troisièmes sont ceux qui n'ont en eux rien de mauvais, mais qui sont seulement institués pour servir à une honnête récréation ; c'est pour cela que c'est une chose permise de s'en servir pour le repos de l'esprit, et pour entretenir la société humaine, pourvu qu'on y observe toutes les circonstances qui sont nécessaires pour la bonté de cette action.

Cette division est conforme à celle que fait saint Antonin dans la seconde partie de sa Somme au commencement, où il dit, qu'il y a trois sortes de jeux. Le premier qui provient d'une grande dévotion qu'il faut rechercher. Le second qui est institué pour la récréation de l'esprit, qu'il faut tolérer. Et le troisième celui qui provient de la suggestion du malin esprit, qu'il faut éviter.

[...]

Quels sont les jeux qui sont défendus aux laïques ?

Toutes sortes de jeux de hasard, dont le gain dépend principalement du hasard ; cela se prouve
1 - par le Canon Episcopus (*) qui défend même aux laïques, sous peine d'être privé de la Communion, de jouer à des jeux de hasard.

2 – Par les autorités de saint Raymond, saint Antonin, saint François de Sales... Et enfin par l'Ordonnance du Roy Louis XIII, donnée à Paris le 30 Mai 1611....

Y a-t-il toujours péché mortel aux laïques de jouer à des jeux de hasard ?

Saint Antonin dit que le jeu de hasard est un péché mortel, lors qu'on joue par un désir immodéré de gagner, mais qu'il n'y a pas péché mortel de jouer quelque chose qui ne soit pas considérable aux personnes qui jouent eu égard à leurs moyens, lors principalement qu'on ne le fait que pour se divertir, et non pas par une avidité de gagner quelque chose par le jeu, et pourvu qu'il ne s'y rencontre aucune des circonstances qui rendent le jeu de hasard défendu, et qui ont servi de motifs aux lois canoniques et civiles pour le condamner.
(*) faisant partie des Canones Apostolici (qui datent des tous premiers successeurs de St Pierre) : qui veut que les Evêques, les Prêtres, et les Diacres qui jouent à des jeux de hasard, cessent de jouer, ou qu'ils soient condamner : et que si un Sous-diacre, un Lecteur, un Chantre, un laïque fait la même chose, ils soient privés de la Communion.

et pour compléter Les Conférences du diocèse d'Angers, de 1728
Sur les contrats et les restitutions, p.92 ssq a écrit :
Toutes sortes de jeux où l'on joue de l'argent sont-ils défendus ? …

Nous parlons ici du jeu, parce que les Auteurs qui en ont traité, disent communément que le jeu est un contrat, par lequel deux ou plusieurs personnes conviennent réciproquement, de perdre ou de gagner selon les règles du jeu auquel ils jouent, l'argent qu'ils mettent au jeu.

Le jeu ne devrait être que pour délasser l'esprit des occupations sérieuses et appliquantes, et pour le préserver de l'épuisement que cause le long travail de l'esprit ; mais la corruption des hommes est si grande, que plusieurs ne jouent que par une avidité de gagner du bien, laquelle devient souvent insatiable, et rend les joueurs la proie d'une passion criminelle : ce qui a donné lieu à de savants auteurs de condamner absolument toutes sortes de jeux : néanmoins on peut dire qu'il y a certains jeux auxquels il est permis de se récréer en y jouant de l'argent.

On peut distinguer trois espèces de jeux, il y en a qui dépendent purement et entièrement du hasard ; …. il y en a qui dépendent uniquement de l'adresse, et auxquels l'industrie et l'adresse ont la meilleurs part …. il y en a d'autres qui sont mixtes, où il y a autant d'esprit et d'adresse que de hasard ...

Les Romains connaissant que les jeunes gens se ruinent souvent aux jeux de hasard au préjudice de ceux qui leur ont prêté de l'argent de bonne foi, avaient fait plusieurs lois contre ceux qui établissaient des brelans dans leurs maisons... et ils avaient ordonné que ceux qui joueraient dans ces brelans seraient punie par le Juge ….

Nos Rois portés par les mêmes motifs, et encore par d'autres plus saints, comme sont d'empêcher les emportements, les jurements et les querelles où se laissent aller ceux qui perdent leur argent au jeu, ont fait plusieurs défenses de tenir des brelans, de jouer aux Dés, aux Cartes et autres jeux de hasard.
Le Roi Louis XIII, en 1611, 1612 et 1629 a renouvelé les anciennes Ordonnances faites par les Rois ses Prédécesseurs, sur cette matière.

Tout cela supposé, nous établirons trois conclusions, dont la première est qu'on peut sans péché jouer de l'argent aux jeux, où l'adresse et l'industrie ont la meilleure part … ; c'est le sentiment de St Thomas (in 2.2.q. 168. art.2.). Il prouve qu'il est permis de prendre quelque récréation par un jeu honnête pour délasser son esprit, comme il est permis de p rendre quelque repos pour soulager le corps ; mais il faut prendre garde que le jeu ne soit pas illicite par les circonstances du temps, du lieu, des personnes, de l'avidité, de la quantité d'argent ; car si on joue un jour de Fête pendant un temps un peu considérable, ou si un autre jour on perd beaucoup de temps au jeu, ou si l'on joue dans un lieu saint, comme est un Cimetière, ou si c'est un Ecclésiastique qui joue en public, avec quelque indécence, en quittant son habit, ou si l'on joue avec excessive passion, ou avec une avidité démesurée de gagner, ou si on s'expose à perdre une somme notable, alors on pèche en jouant, quoique l'on joue à un jeu qui de soi soit honnête et permis ; mais si hors ces mauvaises circonstances, on règle tellement son jeu, qu'on ne voudrait en aucune manière violer aucun Commandement de Dieu ou de l’Église, l'on ne pèche pas en jouant à un jeu honnête, tels que sont ceux que nous venons de marquer.
2 -
Chartreux a écrit :J'ai entendu d'autres plaider que ces jeux (certains en tous cas) peuvent être l'occasion d'un travail intellectuel et donc que le principe de "tout travail mérite salaire" s'appliquerait ici.
Le jeu est un délassement de l'esprit, donc par définition il ne s'agit pas d'un travail. On ne peut donc pas appliquer le principe de « tout travail mérite salaire ».


3 -
Chartreux a écrit : Toutes ces considérations me sont revenues à l'esprit lorsque dans ma recherche d'emploi j'ai rencontré une offre provenant d'un casino.
Il est compréhensible que vous vous soyez posé un cas de conscience ; il me semble que si un de mes enfants me demandait mon avis dans une telle situation, je le dissuaderais d'accepter une telle offre ; de même que travailler dans une boîte de nuit ou cabaret, même en tant que balayeur; ou dans la confection de vêtements destinés à des tenues indécentes de danseurs par exemple.
Malheureusement on rencontre aujourd'hui beaucoup de cas où un catholique doit en conscience refuser un travail, même s'il se trouve très démuni, car l'accepter serait cautionner le péché. Le Bon Dieu saura en tenir compte et n'abandonne jamais ses enfants.

chartreux
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Re: Question sur les jeux d'argent

#3 Message par chartreux » dim. 01 mai 2016 10:22

Un grand merci pour votre réponse très complète, chère Laetitia!

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