L'Annonciation de la Très Sainte Vierge et l'Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ.

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Laetitia
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L'Annonciation de la Très Sainte Vierge et l'Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ.

#1 Message par Laetitia » lun. 25 mars 2019 9:53

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L'ANNONCIATION DE LA SAINTE VIERGE ET L'INCARNATION DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST (extrait des Petits Bollandistes, au 25 mars)

Ces deux mystères, qui sont comme le principe et le fondement de notre religion, ont entre eux un si grand rapport et une liaison si étroite, qu'ils n'en font proprement qu'un seul, et qu'il est impossible de les séparer. Nous rapporterons en peu de mots ce que les Évangélistes, les Conciles et les Pères de l’Église nous en apprennent, et ce que les fidèles sont obligés d'en savoir et d'en croire avec quelques circonstances qui regardent la fête que l'on célèbre en ce jour. L’Évangéliste saint Luc est celui qui en a traité le plus amplement.

Voici une courte paraphrase de ce qu'il en dit :

Le bienheureux moment destiné de toute éternité pour la réparation du genre humain étant arrivé, l'ange Gabriel fut envoyé de Dieu en une ville de Galilée, appelée Nazareth, vers une vierge nommée Marie, qui avait épousé un homme de la maison et de la race de David, appelé Joseph. Cet ange, étant entré dans la chambre où elle était en prières, lui dit « Je vous salue, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes ». A ces paroles, la Vierge, qui était extrêmement humble, fut surprise; et elle songeait en elle-même quelle était cette forme de salut si nouvelle et si inouïe : mais l'ange, reconnaissant son trouble, ajouta aussitôt : « Ne craignez rien, Marie, vous avez trouvé grâce devant Dieu vous concevrez dans votre sein et vous enfanterez un fils, et vous le nommerez Jésus. Il sera grand, et on l'appellera le fils du Très-Haut, et le Seigneur lui donnera le trône de David, son père, et il régnera éternellement en la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin ».

La Vierge, qui avait fait le vœu d'une chasteté perpétuelle et qui était résolue à la garder jusqu'à la mort, entendant parler de conception, d'enfantement et de fils, demanda à l'ange comment ces choses se feraient, vu qu'elle ne connaissait point son mari, et que, après le vœu qu'elle avait fait, elle ne le pouvait pas connaître. L'ange lui répliqua : « Le Saint-Esprit elle ne le pouvait pas connaître. L'ange lui répliqua surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre : c'est pourquoi le Saint qui naîtra de vous sera nommé Fils de Dieu ».

Ensuite il lui rappela le miracle que Dieu venait de faire en faveur de sa cousine Élisabeth, qui, bien que naturellement stérile et déjà fort vieille, avait conçu un fils et était grosse de six mois ce qui montrait, évidemment, qu'il n'y a rien d'impossible à Dieu. La Vierge n'en demanda pas davantage pour donner le consentement que le ciel et la terre, les anges et les hommes, les justes et les pécheurs attendaient avec impatience, et qui devait être une source de bonheur et de joie pour tous les siècles. Mais elle l'exprima d'une manière si humble et si modeste, qu'on n'en peut considérer les termes sans admiration : « Voici », dit-elle, « la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon votre parole (1) ». Ce fut à ce moment que les anciennes promesses de Dieu furent accomplies; qu'une femme renferma un homme, qu'une Vierge conçut un fils, que Dieu fut fait homme, qu'un Sauveur fut donné au monde, et que celui qui était Dieu infiniment au-dessus de nous, commença d'être Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous, et de même nature que nous. C'est ce que nous appelons le mystère de l'Incarnation, et ce que saint Jean a exprimé par ces mots : « Et le Verbe a été fait chair, et il a habité au milieu de nous, et nous avons vu sa gloire, comme la gloire du Fils unique du Père, plein de grâce et de vérité ».

(1) Une église qu'on appelle l'Annonciation, occupe l'emplacement de la maison de la sainte Vierge à Nazareth : elle est enfermée dans le couvent des Franciscains. Un autel marque le lieu où était la sainte Vierge, et deux colonnes de granit, celui où se tenait l'ange. - Mgr Mislin.

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#2 Message par Laetitia » lun. 25 mars 2019 15:00

 Voici ce qu'il faut savoir pour un plus grand éclaircissement de cette merveille, qui est le chef-d'œuvre des mains du Tout-Puissant. Au même temps où l'auguste Marie offrit son sein virginal, pour être le lit nuptial où ce devait faire l'alliance de la nature divine avec la nature humaine, et du Verbe éternel avec notre chair, la vertu du Très-haut la fortifia, la soutint et la couvrit de son ombre, afin qu'elle pût porter la grandeur de son opération ; et le Saint-Esprit, suivant la parole de l'ange, descendit en son âme et dans son corps : dans son âme, pour lui faire produire des actes conformes à la dignité de ce mystère ; dans son corps, pour y opérer trois prodiges, dans lesquels consiste toute l'économie de l'Incarnation.

D'abord, prenant quelques gouttes du plus pur sang de cette Vierge, qui était elle-même plus pure que les anges et que les rayons du soleil, il forma un petit corps humain, composé de tous ses organes et de tous ses membres, et entièrement disposé à recevoir une âme raisonnable ce qu'il fit, non pas par succession de temps, comme les autres mères en qui la nature agit toute seule mais en un instant, parce que, comme dit saint Thomas, plus un ouvrier est parfait, plus il peut accomplir et perfectionner promptement les ouvrages qu'il entreprend ainsi le Saint-Esprit, ouvrier infiniment parfait et dont la puissance n'a point de limites, n'a pas eu besoin de temps ni de succession pour former et organiser ce corps, qu'il produisait pour le Verbe éternel.

Puis, au même moment, il créa et tira du néant une âme raisonnable, la plus excellente et la plus parfaite qui ait jamais été créée, et l'unit d'un lien naturel à ce corps qu'il venait de former, ou plutôt qu'il formait actuellement. Par cette union, il composa une humanité parfaite et accomplie de tout point, sans qu'il lui manquât rien de ses facultés et de ses propriétés naturelles.

Enfin, en ce même instant, comme ce corps et cette âme unis ensemble, et cette nature humaine composée de l'un et de l'autre, devaient, selon le cours naturel, avoir une substance créée, qui les eût fait être une personne humaine et un pur homme, il arrêta et empêcha ce résultat naturel, en les unissant d'une union physique et substantielle au Verbe divin, pour subsister en lui et par lui élevant ainsi cette nature au bonheur infini d'appartenir au Verbe comme sa propre nature, et de n'avoir point d'autre suppôt, d'autre hypostase, ni d'autre personne que lui. Je dis que ces trois choses se firent au même moment, parce que, comme dit saint Jean Damascène, la chair de cet enfant ne fut chair sans être animée d'une âme raisonnable et jamais elle ne fut animée d'une âme raisonnable sans être unie au Verbe divin (1) ; mais sa conception, son animation et son union se firent ensemble, afin que la nature humaine qu'elle composait, n'appartînt jamais à d'autre qu'au Verbe, et qu'elle n'eût point sa propre personne avant d'être et de subsister dans la personne du Verbe. Au reste, quoique nous disions que ce fut le Saint-Esprit qui opéra ces merveilles, nous n'excluons pas, néanmoins, les personnes du Père et du Fils, puisqu'il est certain que les œuvres extérieures de Dieu se font indivisiblement par les trois Personnes de l'adorable Trinité.

Ainsi, le Père et le Saint-Esprit incarnèrent le Fils et lui donnèrent cette nouvelle nature, et le Fils s'incarna lui-même et prit cette nature pour lui mais nous attribuons ce grand ouvrage à l'opération du Saint-Esprit, comme l'ouvrage où paraît le souverain excès de la bonté, de l'amour et de l'indulgence de Dieu pour les hommes, et où s'est faite la plus excellente de toutes les onctions et de toutes les sanctifications, celle qui vient de l'union immédiate et substantielle de la Divinité avec une nature créée.

(1) S. J. Damas., l. III de la Foi, c. 2.
Dernière modification par Laetitia le lun. 25 mars 2019 15:11, modifié 1 fois.

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#3 Message par gabrielle » lun. 25 mars 2019 15:07

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Merci pour le texte

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Re: L'Annonciation de la Très Sainte Vierge et l'Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ.

#4 Message par Laetitia » lun. 25 mars 2019 15:17

 De ce que nous venons de dire, suivent de grandes, d'admirables vérités qu'il est nécessaire d'énoncer en peu de mots.

D'abord, l'Enfant qui fut conçu dans le sein de la sainte Vierge, et que depuis l'on appela Jésus et le Christ, est réellement et véritablement le Fils de Dieu, le Verbe éternel, la seconde Personne de la très-sainte Trinité, et il n'a jamais été autre que cette Personne. En effet, chaque chose est légitimement nommée et désignée par son propre suppôt ; or, cet enfant n'a jamais eu d'autre suppôt que la Personne même du Fils unique de Dieu, puisque, comme il a été dit, son humanité fut unie à cette Personne dès l'instant de sa formation et de sa conception ; c'est donc avec vérité, et dans toute la propriété du discours, que nous disons que cet Enfant est le Fils de Dieu, le Verbe divin et la seconde personne de la très-sainte Trinité.

En second lieu, ce même enfant qui est Jésus-Christ, est par conséquent notre vrai Dieu, et un seul Dieu avec le Père et le Saint-Esprit. Car, puisqu'il est le Fils unique de Dieu, il faut nécessairement qu'il soit ce qu'est le Fils unique de Dieu. Or, le Fils unique de Dieu est notre vrai Dieu, et le même Dieu que le Père et le Saint-Esprit, leur étant consubstantiel, et n'ayant indivisiblement avec eux qu'une même nature et une même substance qui est la divinité.

Troisième vérité : Jésus-Christ a deux natures parfaites en une seule Personne : la nature divine qu'il reçoit de son Père, et par laquelle il est Dieu ; la nature humaine qu'il reçoit de sa mère, et par laquelle il est homme ; avec cette différence que la nature divine convient essentiellement et éternellement à sa personne, et n'en est pas distinguée : au lieu que la nature humaine ne lui a été unie que dans le temps, et pouvait ne lui être pas unie. Ainsi, dans Jésus-Christ et dans le mystère de l'Incarnation, il y a, pour ainsi dire, quelque chose d'opposé à ce que nous révérons dans le mystère de la Trinité. Car, dans ce mystère, il y a pluralité de personnes et unité de nature, et, au contraire, en Jésus-Christ, il y a unité de personne et pluralité de natures. C'est ce que l’Église a défini dans les Conciles généraux d'Ephèse et de Chalcédoine, deux des quatre que saint Grégoire le Grand ne respectait pas moins que les quatre Évangiles. Car, dans le concile d’Éphèse, elle a défini, contre l'hérétique Nestorius, que Jésus-Christ est un en une seule personne, qui est la Personne unique du Verbe divin ; et dans le concile de Chalcédoine elle a défini, contre l'hérétique Eutychès, que Jésus-Christ a deux natures parfaites, sans confusion, sans mélange, sans changement de l'une en l'autre, et sans que la Divinité ait absorbé en elle l'humanité.

Quatrième vérité : Tout ce qui appartient de soi à la personne, comme la substance, est unique en Jésus-Christ mais tout ce qui appartient à la nature y est double. Aussi, dans un autre Concile, savoir, dans le troisième de Constantinople, l’Église a encore déclaré contre les Monothélites, qu'il y a en Jésus-Christ deux entendements, deux volontés et deux opérations ; parce que la nature divine a en lui tout ce qui lui est propre connaître, vouloir et opérer divinement. La nature humaine a aussi ce qui lui est propre : connaître, vouloir et opérer humainement ; mais ces opérations humaines reçoivent une excellence infinie de l'union et de la direction de la nature divine. Malgré cette distinction des opérations, par un grand mystère que les théologiens appellent communication d'idiomes, ce qui est de Dieu est attribué à l'homme, et ce qui est de l'homme est attribué à Dieu, à cause de l'unité de la personne ; car la même personne opère par la nature divine, ce qui convient à la divinité et opère par la nature humaine, ce qui convient à l'humanité.

Ainsi nous disons véritablement que Jésus-Christ est tout-puissant, qu'il est le créateur du ciel et de la terre, qu'il conserve le monde par sa vertu, et qu'il le gouverne par sa providence, et nous ne disons pas avec moins de vérité que Dieu a jeûné, qu'il a prié, qu'il est mort pour nous, et qu'il est ressuscité pour nous.

Enfin, pour ne pas nous étendre davantage sur un mystère qui, pour être expliqué dignement, demanderait plusieurs volumes, la cinquième vérité est que la sainte Vierge est véritablement et proprement Mère de Dieu. En effet, Jésus-Christ étant Dieu, non par une union accidentelle d'une personne humaine avec une personne divine, comme disait l'impie Nestorius, mais par l'excellence et le droit de son unique personne, qui est Dieu ; cette adorable Vierge ne peut pas être mère de Jésus-Christ, sans être aussi Mère de Dieu. Or, elle est mère de Jésus-Christ, elle l'a conçu dans son sein, elle l'a produit de sa substance, elle a coopéré à sa formation beaucoup plus que les autres mères ne coopèrent à celle de leurs enfants, puisqu'elle lui a donné toute la matière dont son corps est composé, au lieu que les autres mères n'en donnent au plus qu'une petite partie : elle est donc proprement et véritablement Mère de Dieu.

Aussi, ceux qui lui ont disputé cette admirable qualité, l'ont fait, parce qu'ils divisaient Jésus-Christ, et qu'au lieu de le confesser Homme-Dieu, et Dieu-Homme, sans division de l'homme et de Dieu, ils ne le reconnaissaient que comme un homme divin. Mais l’Église, qui ne divise point Jésus-Christ, et qui l'adore comme son Dieu, parce qu'il n'a point d'autre personne qu'une des personnes de la Divinité, a toujours révéré la sainte Vierge comme Mère de Dieu. C'est un nom qu'elle lui donne, non-seulement dans ses oraisons et dans ses litanies, mais aussi dans le canon de la messe et dans la célébration des plus saints mystères et c'est encore une qualité qu'elle lui a confirmée dans le concile d’Éphèse dont nous venons de parler : cette Reine des anges et des hommes y fut solennellement proclamée Mère de Dieu, et Nestorius, demeurant obstiné dans son hérésie, fut frappé d'anathème et envoyé en exil : la Justice divine le poursuivant encore, sa langue se pourrit, fut rongée des vers, et il mourut misérablement. Ce n'est pas ici le lieu de nous étendre sur les excellences de cette dignité de mère de Dieu nous aurons lieu d'en parler dans la vie particulière de la sainte Vierge. Il suffit de dire ici, en passant, que c'est la plus excellente qui puisse être communiquée à une pure créature : elle a été dans Marie une source de tant de grâces et de prérogatives, qu'il n'y a point de langue ni au ciel ni sur la terre, qui soit capable de les expliquer.

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Re: L'Annonciation de la Très Sainte Vierge et l'Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ.

#5 Message par Laetitia » lun. 25 mars 2019 15:52

 Après ces belles vérités, ne faut-il pas reconnaître que c'est avec beaucoup de justice que Marie s'écrie dans son cantique « Le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses ? » En effet, il n'a jamais fait ni ne fera jamais rien sur la terre, ni dans le ciel, qui approche de ce qu'il a fait dans le sein de Marie. Sur la terre, il se communique selon l'ordre de la nature et de la grâce, et élève les hommes à son image et à la qualité de ses enfants adoptifs. Dans le ciel, il se communique dans l'ordre de la gloire. Mais dans le sein de Marie il se communique d'une manière bien plus sublime, savoir dans l'ordre de l'union hypostatique. Il fait, non pas que l'homme soit ami de Dieu, ou enfant de Dieu, mais qu'il soit véritablement Dieu ; de sorte que l'on peut dire que Dieu est homme et que l'homme est Dieu.

Au reste, quoique la nature humaine n'ait terminé cette union que considérée toute nue et selon ce qu'elle a de substantiel, parce que la substance divine a été le premier présent et la première grâce qu'elle ait reçue de la main libérale de Dieu néanmoins, il faut reconnaître qu'au moment même qu'elle lui fut unie, elle reçut aussi, comme un apanage d'un si grand don, tous les ornements de la grâce et de la gloire dont une nature créée soit capable.

Dieu donna à son âme la grâce sanctifiante dans un degré si éminent, ou plutôt dans une telle plénitude, qu'il n'y a point d'esprit humain ni angélique qui en puisse concevoir l'immensité. Aussi apprenons-nous de saint Jean qu'il ne lui donna pas cette grâce par mesure, comme aux autres Saints, mais qu'il la lui donna tout entière et dans toute son étendue. Ainsi, cette âme est sainte d'une double sainteté d'une sainteté incréée, par son union à la nature divine, la plus excellente de toutes les onctions ; et d'une sainteté créée par la possession de cette grâce, expression de la Divinité. Et cependant, il ne faut pas croire, avec Félix et Elipandus, qui furent condamnés au Concile de Francfort, sous le roi Charlemagne, que Jésus-Christ soit fils de Dieu par adoption. La grâce sanctifiante opère cet effet dans les anges et dans les hommes, qui ne sont pas élevés à la filiation naturelle ; mais elle ne peut l'opérer en Jésus-Christ, qui, étant Fils de Dieu par nature, n'est pas capable de ce rapport et de cette qualité de Fils adoptif.

Secondement, Dieu donna à cette âme, non-seulement toutes les sciences divines et humaines qui peuvent être conférées à une intelligence créée, mais aussi la science bienheureuse, la vision béatifique ; il la lui donna dans la même perfection qu'elle la possède maintenant dans le ciel : de sorte que Jésus-Christ fut dès ce moment aussi heureux et aussi glorieux, selon son âme, qu'il l'est à présent et qu'il le sera dans l'étendue de tous les siècles.

Troisièmement, le Saint-Esprit se répandit sur cette âme avec toute la plénitude de ses dons et de ses faveurs le prophète Isaïe l'avait prédit par ces paroles : « L'esprit du Seigneur se reposera sur lui », c'est-à-dire sur Jésus-Christ ; « l'esprit de sagesse et l'esprit d'intelligence, l'esprit de conseil et l'esprit de force, l'esprit de science et l'esprit de piété, et enfin l'esprit de la crainte du Seigneur ». Saint Paul le dit encore plus brièvement, lorsqu'il assure que tous « les trésors de la sagesse et de la science de Dieu, et toute la plénitude de la divinité habitent en lui ». Enfin, il n'y a point de vertus, excepté celles qui renferment nécessairement quelque imperfection, comme la foi, l'espérance et la pénitence, dont cette âme merveilleuse ne se vît ornée, mais d'une manière si noble et si relevée, qu'elles furent dès lors incapables de recevoir aucun accroissement.

El il ne faut point s'en étonner il n'y a point d'excellence et de perfection qui ne soit due à une nature qui est montée à ce suprême degré d'honneur d'être unie à la nature de Dieu. Notre-Seigneur venant au monde pour être le chef des anges, des hommes, et la source inépuisable d'où le ciel et la terre tireraient tous leurs trésors, il était nécessaire qu'il possédât la grâce, et tous les apanages de la grâce dans le plus haut degré et de la plus excellente manière dont on les puisse posséder. Pour son corps sacré, il reçut aussi une grande beauté, une parfaite proportion de ses membres, un juste tempérament de ses humeurs, et surtout une pureté merveilleuse, à laquelle celle des rayons du soleil et celle des plus purs esprits du ciel n'est nullement comparable.

Il avait encore droit aux qualités des corps glorieux, à l'impassibilité, à l'immortalité, à l'agilité, à la clarté, et à ces plaisirs ineffables dont ses sens et ses membres sacrés ont joui depuis le moment de sa résurrection. Ces qualités mêmes devaient naturellement rejaillir de la gloire dont son âme était revêtue ; mais il venait au monde pour nous donner des exemples de mortification et de patience, et pour nous racheter par ses souffrances et par sa mort chose impossible s'il eût joui de l'impassibilité et de l'immortalité. Sa puissance divine a donc empêché cet écoulement de la nature divine en la nature humaine, que devait produire l'union personnelle de ces deux natures, et il a bien voulu lui-même être privé de ces dons excellents qui eussent mis obstacle aux desseins de son Père, et à la charge qu'il accepta au moment de son entrée dans le monde.

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Re: L'Annonciation de la Très Sainte Vierge et l'Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ.

#6 Message par Laetitia » lun. 25 mars 2019 19:25

 Il y aurait ici des choses merveilleuses à dire : 1° sur le dessein de ce mystère, qui a été de terrasser le démon, de détruire le péché et réparer les ruines que l'un et l'autre avaient causées dans notre nature ; 2° sur le besoin que nous en avions pour cette réparation, et pour nous faire recouvrer le droit au royaume des cieux, dont la désobéissance d'Adam nous avait exclus : Dieu seul ne pouvant pas satisfaire suffisamment, il fallait un Homme-Dieu pour opérer ce grand ouvrage ; 3° sur la proportion de ce moyen avec sa fin, qui est si grande, que saint Anselme et les autres saints Pères ne font point difficulté de dire que Dieu ne pouvait rien faire, où sa sagesse et sa bonté parussent avec plus d'éclat et plus de gloire ; 4° sur les préparations de tout l'Ancien Testament à l'exécution de ce grand sacrement, les désirs des Patriarches, les prédictions des Prophètes, les figures de la loi, les soupirs des Justes et l'attente de tout le genre humain ; 5° sur les actes intérieurs que fit la Sainte Vierge durant toute la salutation angélique, et dans ce moment bienheureux où elle consentit à la proposition de l'Ange; 6° sur les opérations admirables de l'âme de Notre-Seigneur au moment de sa création et de son union...

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Le sanctuaire de la maison de Notre Dame dans la basilique de l’Annonciation à Nazareth.

La Basilique est bâtie au-dessus de la grotte troglodyte où vivait Notre Dame. Lors de la prise des Saints Lieux par les Mahométans, la partie bâtie de la maison de la Vierge, accolée à la grotte, a été transportée par les Anges, d'abord en Dalmatie en 1291, puis dans la marche d'Ancône, en 1294, d'abord sur une colline, ensuite, de nouveau portée par les Anges, à un jet de pierre, dans le lieu actuel nommé Lorette. Il ne reste à Nazareth que la partie grotte, dans le sous-sol de la Basilique. Juste à côté, se trouve la grotte et l'atelier de Saint Joseph.


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Re: L'Annonciation de la Très Sainte Vierge et l'Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ.

#7 Message par Abbé Zins » mer. 27 mars 2019 20:29

Sur cette admirable explication de Mgr Guérin, remarquable par son explicitation de manière simple de données capitales en ce Très Saint Mystère de l’Incarnation du Verbe, il me paraît bon et juste de noter deux remarques, en deux passages me semblant propres à mettre deux imprécisions dans les esprits de ceux les lisant.

« Or, elle est mère de Jésus-Christ, elle l'a conçu dans son sein, elle l'a produit de sa substance, elle a coopéré à sa formation beaucoup plus que les autres mères ne coopèrent à celle de leurs enfants, puisqu'elle lui a donné toute la matière dont son corps est composé, au lieu que les autres mères n'en donnent au plus qu'une petite partie..» Dire ainsi : elle l'a conçu dans son sein, elle l'a produit de sa substance, en ajoutant ensuite : lui a donné toute la matière dont son corps est composé .. au lieu que les autres mères.., donne l’impression qu’Elle l’aurait conçu et produit toute seule, sans aucun principe actif externe. Or le Credo enseigne très précisément : incarnatus est de Spriritu Sancto ex Maria Virgine ; qui conceptus est de Spriritu Sancto, natus ex Maria Virgine ; selon la juste explication fournie plus haut : « D'abord, prenant quelques gouttes du plus pur sang de cette Vierge.. il forma un petit corps humain ».

« Il fait, non pas que l'homme soit ami de Dieu, ou enfant de Dieu, mais qu'il soit véritablement Dieu ; de sorte que l'on peut dire que Dieu est homme et que l'homme est Dieu.» Le contexte moderniste présent montre à quel point cette façon de s’exprimer est de soi et de fait dangereuse : de sorte que l'on peut dire que Dieu est homme ; jusque là, tout va bien ; mais plus ensuite : et que l'homme est Dieu : non, l’homme n’est pas Dieu ; par contre, en raison du miracle et du mystère de l’Incarnation, il est assurément vrai que cet Homme est Dieu, et que Dieu S’est fait homme ; mais non Se serait fait l’homme.

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Re: L'Annonciation de la Très Sainte Vierge et l'Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ.

#8 Message par Laetitia » mer. 27 mars 2019 21:46

 Très grand merci, Monsieur l'abbé, pour ces remarques ; en effet ces passages peuvent porter les esprits à une mauvaise interprétation si on les éloigne un tant soit peu du contexte.

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Re: L'Annonciation de la Très Sainte Vierge et l'Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ.

#9 Message par Laetitia » mar. 24 mars 2020 20:12

  Extrait des Méditations sur la vie de Jésus-Christ, traduites de Saint Bonaventure, Paris,1860 a écrit :
...Quant à vous, considérez combien ce jour est solennel; qu'il remplisse votre cœur d'une sainte allégresse et qu'il soit toujours pour vous un jour de joie et de bonheur; car rien de semblable ne s'était vu dans les siècles précédents et ne s'est vu jusqu'à présent.

Cette fête, en effet, est le jour solennel où Dieu le Père célébra les noces de son Fils, s'unissant pour toujours à la nature humaine;

c'est le jour des noces du Fils de Dieu, le jour de sa naissance dans le sein de Marie, présage de celui où il en sortira pour naitre dans le monde;

c'est le jour de la gloire de l'Esprit Saint à cause de l'opération unique et admirable de l'Incarnation du Verbe qui lui est attribuée; c'est en ce jour qu'il commença à manifester sa bonté singulière pour les hommes;

c'est le jour des grandeurs de notre Reine, jour auquel le Père la reconnut et l'adopta pour sa Fille, le Fils pour sa Mère, et le Saint-Esprit pour son Épouse ;

c'est le jour de la fête solennelle de tous les habitants du ciel, puisqu'il commence la réparation de leurs pertes ;

mais bien plutôt, c'est le jour de fête de la nature humaine, puisque c'est l'origine de son salut, de sa rédemption, de sa réconciliation; puisque ce jour la relève et la déifie en quelque sorte;

c'est le jour où Dieu le Père commanda de nouveau à son Fils d'achever l'œuvre de notre salut;

c'est le jour où le Verbe, se précipitant des hauteurs du ciel, s'élança comme un géant pour parcourir sa carrière (Ps. 18), et se renferma, comme en un jardin délicieux, dans le sein virginal de Marie;

c'est le jour encore où il daigna se faire l'un d'entre nous, notre frère et le compagnon de notre pèlerinage ;

c'est le jour où la lumière véritable est descendue du ciel pour éclairer et dissiper nos ténèbres ; ...

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Re: L'Annonciation de la Très Sainte Vierge et l'Incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ.

#10 Message par Laetitia » mer. 25 mars 2020 10:39

  Extrait des Méditations sur la vie de Jésus-Christ, traduites de Saint Bonaventure, Paris,1860 a écrit :
... aujourd'hui le pain vivant qui donne la vie au monde est préparé dans le sein de la sainte Vierge ;

aujourd'hui le Verbe se fait chair afin d'habiter parmi nous (Saint Jean, 1.) ;

aujourd'hui sont enfin entendus et exaucés les cris et les vœux exprimés par les Patriarches et les Prophètes, lorsque dans leurs ineffables désirs ils disaient : Seigneur, envoyez l'Agneau dominateur de la terre, etc. (Isaï, 16.) ; encore : 0, cieux, donnez votre rosée (Isaï, 45.) ; et encore : Que ne brisez-vous, Seigneur, les voûtes du firmament pour descendre enfin parmi nous (Isaï, 64.) ; et encore : Seigneur, abaissez la hauteur des cieux et descendez sur la terre (Ps. 143.) ; et encore : Seigneur, montrez-nous votre visage et nous serons sauvés (Ps. 79.) ; et les autres semblables textes des Patriarches et des Prophètes dont l’Écriture est toute remplie, car ce jour fut constamment l'objet de leur attente et de leurs plus ardents désirs.

Ce jour est aussi le principe et le fondement de toutes les solennités, et la source de tout notre bonheur. Car jusque-là le Seigneur, à cause de la désobéissance de nos premiers parents, ne jetait plus sur le genre humain que des regards d'indignation ; mais désormais la vue de son Fils incarné pour les hommes désarmera pour toujours sa colère.

Ce jour enfin est considéré comme étant la plénitude des temps.

Voyez donc combien cette œuvre est admirable et combien cette fête est solennelle : tout en est délicieux, ravissant, désirable; tout y doit exciter notre dévotion, notre allégresse et les transports de notre joie ; tout y est digne de nos respects et de notre vénération. Méditez donc assidûment ce mystère, prenez-y vos délices, vous y trouverez toujours de nouveaux charmes, et, peut-être, le Seigneur vous en donnera une plus parfaite intelligence.

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