« Demeurez avec nous, Seigneur, parce qu'il est déjà tard, et que le jour est sur son déclin. »

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Laetitia
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« Demeurez avec nous, Seigneur, parce qu'il est déjà tard, et que le jour est sur son déclin. »

#1 Message par Laetitia » mar. 06 avr. 2021 11:27


Premier sermon sur le Lundi de Pâques de saint Louis de Grenade (IIe partie)
Premier sermon de saint Louis de Grenade pour le lundi de Pâques a écrit :
Le Sauveur ayant expliqué longuement [aux disciples d'Emmaüs] la cause de sa passion et de sa mort, en commençant par Moïse et en continuant par tous les prophètes, on arriva au bourg où les disciples allaient, et il fit semblant d'aller plus loin. Que signifie cette fiction du Sauveur ? Car faire et feindre sont choses différentes. Nous faisons, quand nous exécutons réellement quelque chose ; et nous feignons, quand nous voulons qu'une chose paraisse et qu'une autre soit.

Fréquemment le Seigneur agit ainsi avec les justes ; il semble s'éloigner d'eux, bien qu'il ne les quitte pas. C'est ce qui fait dire au Prophète : « Pourquoi, Seigneur , vous tenez - vous loin de nous? Pourquoi cacher votre visage dans le besoin , dans l'affliction qui nous presse ? » Ut quid recessisti longe, despicis in opportunitatibus et in tribulatione ? Ps . x , 1. Et ailleurs : « Jusqu'à quand m'oublierez-vous, Seigneur , sera-ce pour toujours ? Jusqu'à quand me cacherez -vous votre visage. » Ps . XII, 2. Que faire alors ? Crier comme les disciples avec instances et supplications : « Demeurez avec nous, Seigneur , parce qu'il se fait tard et que le jour est sur son déclin . » C'est là une prière courte et utile que nous pouvons employer dans toutes nos épreuves et nos tentations.

Voyons maintenant quel est le soir où l'on peut user de cette prière; et, comme le soir est la dernière partie du jour, examinons quel est le jour dont ce soir est la fin . Le jour, c'est toute la durée de ce monde . L'aurore de ce jour fut la création ; son midi fut l'avènement de Jésus- Christ, et le soir est « la fin des temps à laquelle nous nous trouvons. » In quos fines sæculorum devenerunt. I Cor. x , 11. Comme, le soir, la clarté du jour diminue , que les ombres croissent et que la chaleur s'affaiblit; de même , en ce soir du monde où nous vivons, la lumière de la vérité et de la connaissance divine s'efface , à mesure que se répandent les ténèbres des erreurs et des hérésies.

C'est ce que déplorait Jérémie quand il disait : « Malheur à nous, parce que le jour nous quitte et que les ombres du soir se sont allongées. » Jer. Vi, 4. C'est-à-dire, malheur à nous, parce que la lumière de la connaissance et de la grâce de Dieu commence à s'affaiblir : ce qui fait que les ombres des biens terrestres grandissent à nos yeux . En effet, tant que la lumière divine illumine nos cœurs, les choses terrestres semblent petites, comme les ombres à midi ;mais quand cette lumière décline, elles paraissent plus grandes ; parce que , de même qu'en présence de Dieu , toutes ces choses sont mesquines , de même, lui absent, elles ont une apparence de grandeur et de beauté. Aussi les recherche-t-on avec ardeur de préférence aux biens célestes , ce qui est la cause et la source de tous les péchés. Elle est donc bien juste cette plainte du Prophète : « Malheur à nous, parce que le jour nous quitte et que les ombres du soir se sont allongées. »

Et ce n'est pas seulement la lumière qui s'affaiblit avec le déclin du soleil de l'âme. C'est encore la chaleur, compagne inséparable de la lumière . Le Sauveur l'atteste : « Parce que l'iniquité sera venue à son comble , dit-il, la charité du grand nombre se refroidira. » Matth . xxiv , 12. Devant ce refroidissement de la charité et ces progrès de l'iniquité , que reste-t-il, sinon à s'écrier avec le Prophète : « Sauvez -moi, Seigneur, car il n'y a plus de saint; il n'y a plus de droiture parmi les enfants des hommes. » Ps. XI, 2 . Ce qui revient à dire : Si nous vivons parmi des hommes impurs et coupables, ne courons-nous pas risque d'être envahis par la contagion de leurs mœurs ? Aussi, Seigneur, ce que je vous demande, c'est moins de protéger ma vie contre les pièges de mes ennemis , que de préserver mon âme des vices et de la corruption du siècle ; de peur que la perversité et les exemples des autres ne me perdent , et qu'en les imitant je ne tombe dans quelque turpitude. En effet, les vertus de ceux avec qui nous vivons peuvent beaucoup pour nous porter à la vertu et à la piété. Il en est peu qui aient la vertu du saint homme Job , qui était simple et droit, quoiqu'il fût « le frère des dragons et le compagnon des hiboux , » Job . xxx, 29 , et qui conservait au milieu d'eux la simplicité de la colombe et la candeur de l'innocence. Voilà pourquoi, dans un si grand péril pour la vertu et la sainteté, le remède souverain est de crier au Seigneur avec les disciples : « Restez avec nous, Seigneur, parce qu'il est déjà tard , et que le jour est sur son déclin . » Vous présent , c'est le jour ; vous absent, règnent les ténèbres. C'est précisément la demande que faisait Job , quand il disait : « Délivrez-moi, Seigneur, placez- vous auprès de moi, et qu'on vienne m'attaquer . » Job . XVII, 3. Avec votre force , je ne redoute point la puissance des adversaires, ni avec la lumière les ténèbres de la nuit.
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Re: « Demeurez avec nous, Seigneur, parce qu'il est déjà tard, et que le jour est sur son déclin. »

#2 Message par Laetitia » mer. 07 avr. 2021 10:44


Dans les calamités aussi, nous pouvons employer cette même prière : « Demeurez avec nous, Seigneur, parce qu'il est déjà tard, et que le jour est sur son déclin. »

Saint Bernard dit à ce sujet : « Quand nous marchons sans obstacle dans la voie de la vertu, il fait jour pour nous; quand les nuages des tribulations se répandent sur nos têtes, la nuit commence à nous venir. Et puisque nous avons eu recours à vous, qui seul considérez les travaux et les douleurs, demeurez avec nous, parce qu'il est déjà tard.

Déjà les eaux gagnent nos âmes, déjà les délices de la piété se tournent en misère. Le souffle de la tentation envahit tous les replis de notre cœur. Demeurez donc avec nous, parce qu'il est déjà tard.

Vous êtes le rafraîchissement, le refuge et la consolation des affligés ; c'est là votre puissance, c'est là votre empire. Tous les yeux sont fixés sur vous, c'est de vous seul qu’ont soif les âmes ; demeurez donc avec nous, puisqu'il est déjà tard.

Sans vous, nous ne pouvons rien. Vous seul envoyez des inspirations pendant la nuit. Vous êtes la tour qui protège contre l'oppression. Les yeux de votre tendresse embrassent tout ce qui est sous le ciel. Par vous nous apparaîtra vers le soir la clarté de midi, et nous nous lèverons comme l'étoile du matin quand nous nous croyions anéantis. » Homil.

Nous devons également user de la même prière quand la joie spirituelle vient à nous manquer. Car il est jour, spirituellement parlant, lorsque la lumière de la consolation divine et la ferveur de la charité brillent pour nous ; alors, tout ce qui était amer, triste, obscur, nous apparaît riant, calme, agréable ; ces délices célestes changent toute amertume en douceur. Au contraire, il est nuit, quand , par une disposition de Dieu, cette lumière se retire. Car c'est lui qui « cache avec ses mains la lumière et qui lui commande de se montrer de nouveau. » Job . XXXVI. 32.

C'est dans cette nuit que l’Épouse du Cantique cherche son bien-aimé et ne le trouve point, parce qu'en l'absence de ce bien-aimé il n'y a qu'obscurité et tristesse. Il faut donc le rappeler en redoublant de prières, afin qu'il ne nous abandonne point au milieu de telles ténèbres, mais qu'il reste avec nous ; il faut le rappeler afin que, fortifiés par sa puissance, nous persistions dans le devoir, dans la droite voie, et que les ténèbres des aridités spirituelles ne nous détournent point de la poursuite ardente de la sainteté. Oui, c'est alors aussi qu'il faut crier de toutes nos forces avec les disciples : « Demeurez avec nous, parce qu'il est déjà tard. »
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Re: « Demeurez avec nous, Seigneur, parce qu'il est déjà tard, et que le jour est sur son déclin. »

#3 Message par Laetitia » jeu. 08 avr. 2021 15:44

Enfin, non contents d'avoir prié, ils lui firent violence. Pourquoi n'auraient-ils pas violenté le Père des miséricordes, le Dieu de toute consolation ? Pourquoi ne l'auraient-ils pas violenté, lui qui feignait d'aller plus loin, mais qui voulait rester auprès d'eux ? Pourquoi n'auraient-ils pas violenté Celui qui fait ses délices d'être avec les enfants des hommes ? Pourquoi ne l'auraient-ils pas forcé de rester dans l'hôtellerie, lui qui a institué le sacrement de son corps pour demeurer perpétuellement au milieu des hommes ? « Par là , dit saint Bernard , nous apprenons qu'il faut de grands efforts pour faire des progrès dans la voie de Dieu. Car on n'arrive pas facilement au faîte de la perfection ; c'est par la violence et par les degrés des vertus qu'on parvient peu à peu au point culminant de la charité. Ils lui ont fait violence. Ne vous étonnez donc point si le royaume des cieux souffre violence, puisque le roi des cieux souffre violence lui-même. Si donc votre cour endurci se sent tiède, redoublez de prières, appliquez -vous à la méditation, courez là où vous porte l'esprit et n'écoutez pas la chair. Livrez-vous aux veilles, et, par l'abondance de vos larmes, triomphez du Dieu de majesté. Dites-lui : Demeurez avec nous, Seigneur, parce qu'il est déjà tard , et que le jour est sur son déclin. »

Le Sauveur, qui avait fait semblant d'aller plus loin, afin de se faire prier de rester auprès de ses disciples, entra donc dans l'hôtellerie, et demeura avec eux. « Étant avec eux à table, il prit du pain et le bénit ; puis, l'ayant rompu, il le leur présenta. En même temps leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent; mais il disparut de devant eux. » Car, ayant atteint son but, qui était de les affermir dans la foi à sa résurrection, il n'avait pas besoin de demeurer plus longtemps avec eux, surtout quand il en restait d'autres à fortifier de la même manière .

Les deux disciples, remplis d'admiration et de joie par la résurrection inespérée de leur maître, se dirent alors l'un à l'autre : « N'est- il pas vrai que notre cœur était tout brûlant en nous, lorsqu'il nous parlait dans le chemin, et qu'il nous expliquait les Ecritures ? » Ils donnent comme preuve de la résurrection du Sauveur l'ardeur admirable que leur avait inspirée sa parole. Et, en effet, leurs cœurs n'eussent pas brûlé de ce feu, si leurs esprits n'avaient été pleinement éclairés par cette parole. Quant au degré de cette ardeur, et de la suavité qui l'accompagnait, on peut le conclure soit du sujet qui était traité, soit de l'éloquence surhumaine de la bouche qui parlait. D'abord, quel sujet plus sublime, plus consolant, plus admirable, que le mystère de la passion et de la résurrection du Sauveur, qui excite les transports non -seulement des hommes, mais des anges eux-mêmes ? Ensuite, que pouvez-vous imaginer de plus grand que l'éloquence de Celui qui parlait, de Celui qui est le Verbe et la sagesse du Père. Car si la puissance de la parole humaine est telle, que les poètes, c'est-à-dire, des sages, ont supposé que les troupeaux oubliaient de paître, et les fleuves de couler, afin d'entendre des hommes éloquents s'entretenir entre eux ; quelle devait être l'éloquence de Celui dont le Prophète a dit : « Vous surpassez en beauté tous les enfants des hommes ; la grâce est répandue sur vos lèvres ? » Speciosus forma præ filiis hominum, diffusa est gratia in labiis tuis. Ps. xliv , 3. Quelles durent être les émotions des disciples, lorsqu'ils entendirent la Sagesse même de Dieu parler par une bouche humaine, cette Sagesse dont « les paroles sont du feu, » comme nous lisons dans Jérémie ? XXIII, 29 . Il n'est donc pas étonnant qu'ils brûlassent d'une telle ardeur, eux qui étaient si rapprochés de ce feu. Et je ne doute pas, mes frères, que nos cœurs ne fussent embrasés de la même manière si nous approchions de ce feu céleste.

C'est ce qui nous arrive, quand nous entendons, ou que nous lisons, avec dévotion et ferveur, la parole de Dieu. Car la parole de Dieu entre dans notre cœur de deux manières : ou par les oreilles, quand nous l'écoutons; ou par les yeux, quand nous la lisons. Oui, telles sont la puissance et la majesté des mystères de notre foi, que, si nous les méditions, si nous nous en pénétrions, nous brûlerions d'une merveilleuse ardeur pour la vertu et la piété .
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Re: « Demeurez avec nous, Seigneur, parce qu'il est déjà tard, et que le jour est sur son déclin. »

#4 Message par Laetitia » ven. 09 avr. 2021 9:36


Mais que pourront sur moi les ineffables mystères de l'incarnation et de la passion du Sauveur, l'éternel supplice de l'enfer, et l'éternelle récompense du royaume céleste, si je n'y pense jamais ? La mort même d'un enfant chéri ou d'une épouse bien aimée, tant qu'elle est ignorée, ou qu'on n'y pense point, ne nous affecte nullement. Tout sentiment, pour éclore, a besoin qu'une pensée le précède. Voilà pourquoi un des principaux mérites du juste, selon la sainte Écriture, c'est de « méditer jour et nuit la loi du Seigneur. » In lege Domini meditabitur die ac nocte. Ps. 1. 2. Oh ! si cette étude pouvait vous captiver ! si, chaque jour, vous y employiez une seule de tant d'heures perdues à des choses de rien ! nul doute que chacun de vous n'en retirât le fruit dont parle le Prophète, quand il ajoute : « Il sera semblable à un arbre planté sur le bord des eaux courantes, qui porte son fruit en sa saison, et dont la feuille ne tombe point; tout ce qu'il fera sera couronné du succès. » Ibid . 3.

Agissons donc ainsi,mes frères ; nourrissons-nous de cet aliment céleste ; livrons-nous jour et nuit à cette méditation salutaire ; que les louanges du Seigneur soient toujours dans notre bouche, et sa loi dans notre cœur. Que notre premier souci, notre principal et continuel travail, soit de parvenir, par l'étude de la loi divine, à l'éternelle couronne .

Demeurez avec nous, Seigneur,
parce qu'il est déjà tard, et que le jour est sur son déclin.


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