par Louis Mc Duff » sam. 24 sept. 2016 16:54
IIIa Pars. quæst. 2. Du mode d’union par lequel le Verbe s’incarne en notre nature.
Art. 3. L'union du Verbe incarné se fait-elle dans le suppôt ou l'hypostase?
CONCLUSION : Certains théologiens, dans l'ignorance où ils étaient du rapport de l'hypostase à la personne, tout en reconnaissant dans le Christ une seule personne, ont prétendu qu'il s'y trouvait deux hypostases : celle de Dieu et celle de l'homme, comme si l'union se fût faite dans la personne et non dans l'hypostase. Une telle conception est erronée pour trois raisons : en premier lieu parce que l'idée de personne n'ajoute rien de plus à celle d'hypostase que son application à une nature déterminée, la nature rationnelle, selon la définition de Boèce : « La personne est la substance individuelle d'une nature rationnelle. » Attribuer à la nature humaine du Christ une hypostase qui lui serait propre, ce serait donc en faire une personne. Et c'est ce que les Pères du cinquième Concile œcuménique, célébré à Constantinople, ont compris lorsqu'ils ont porté cette condamnation : « Si quelqu'un prétend introduire dans le mystère du Christ deux subsistances (1) ou deux personnes, qu'il soit anathème : car, même par l'incarnation de l'un (des trois) de la Sainte Trinité divine, le Dieu Verbe, cette sainte Trinité n'a subi aucune adjonction de personne ou de subsistance. » Or subsistance signifie ici réalité subsistante : et c'est le propre de l'hypostase d'être telle, comme il appert par Boèce.
En second lieu, à supposer que la personne ajoutât à l'hypostase un élément en lequel l'union eût été faite, cet élément ne pourrait être autre chose qu'un certain caractère de dignité, et c'est en ce sens que l'on définit (2) parfois la personne : une hypostase dont le caractère distinctif est la dignité. Si donc l'union s'est faite dans la personne et non dans l'hypostase, il s'ensuit qu'il faut la concevoir comme se réalisant du point de vue de la dignité. Et c'est précisément ce que S. Cyrille, approuvé par le Concile d'Ephèse (3), condamne en ces mots : « Si quelqu'un, dans le Christ un, divise les hypostases après l'union, les associant par une simple association de dignité ou d'autorité ou de puissance, au lieu d'admettre entre elles une union naturelle, qu'il soit anathème. »
Enfin c'est à l'hypostase que sont attribuées les opérations et les propriétés de la nature et tout ce qui, dans le concret, relève de la nature elle-même. L'on dit en effet de cet homme qu'il raisonne, qu'il possède la faculté de rire, qu'il est animal raisonnable : et pour cette raison on lui donne le nom de suppôt, car il est le sujet de tout ce qui appartient à l'homme, et en reçoit l'attribution. Si donc, dans le Christ, il y avait une autre hypostase que celle du Verbe, il faudrait en conclure que ce qui se vérifie en lui au sujet de l'homme n'appartient pas au Verbe, mais à un autre sujet, comme ceci par exemple qu'il est né de la Vierge, qu'il a souffert, qu'il a été crucifié et enseveli. Doctrine condamnée encore, avec l'approbation du Concile d'Ephèse, par ces paroles : « Si quelqu'un divise entre deux personnes ou hypostases les expressions employées au sujet du Christ dans les écrits évangéliques et apostoliques, par les saints ou par le Christ lui-même, et attribue les unes à l'homme considéré à part du Verbe de Dieu le Père, et les autres au seul Verbe de Dieu le Père, qu'il soit anathème. »
C'est donc manifestement une hérésie, condamnée jadis par l'Eglise, de soutenir que, dans le Christ, il y a deux hypostases ou deux suppôts, ou que l'union ne se fait ni dans l'hypostase, ni dans le suppôt. Aussi lit-on dans le même Concile : « Si quelqu'un ne confesse pas que le Verbe de Dieu le Père est uni selon l'hypostase à la chair, et est un seul Christ avec sa propre chair, le même, Dieu et homme tout ensemble, qu'il soit anathème: »
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(1) Le mot subsistance est la forme latine du mot d’origine grecque hypostase. — (2) C’est la définition de S. Bonaventure dans son Commentaire sur le 1er livre des Sentences, dist. 23, quæst. I, art. 1.— (3) Voir, pour la nature et la valeur de cette approbation, le Dictionnaire de théologie catholique, au mot Ephèse, t. V, col. 148.
A suivre: Solutions.
[quote]IIIa Pars. quæst. 2. Du mode d’union par lequel le Verbe s’incarne en notre nature.
Art. 3. [i]L'union du Verbe incarné se fait-elle dans le suppôt ou l'hypostase?[/i]
CONCLUSION : Certains théologiens, dans l'ignorance où ils étaient du rapport de l'hypostase à la personne, tout en reconnaissant dans le Christ une seule personne, ont prétendu qu'il s'y trouvait deux hypostases : celle de Dieu et celle de l'homme, comme si l'union se fût faite dans la personne et non dans l'hypostase. Une telle conception est erronée pour trois raisons : en premier lieu parce que l'idée de personne n'ajoute rien de plus à celle d'hypostase que son application à une nature déterminée, la nature rationnelle, selon la définition de Boèce : « La personne est la substance individuelle d'une nature rationnelle. » Attribuer à la nature humaine du Christ une hypostase qui lui serait propre, ce serait donc en faire une personne. Et c'est ce que les Pères du cinquième Concile œcuménique, célébré à Constantinople, ont compris lorsqu'ils ont porté cette condamnation : « Si quelqu'un prétend introduire dans le mystère du Christ deux subsistances (1) ou deux personnes, qu'il soit anathème : car, même par l'incarnation de l'un (des trois) de la Sainte Trinité divine, le Dieu Verbe, cette sainte Trinité n'a subi aucune adjonction de personne ou de subsistance. » Or [i]subsistance[/i] signifie ici réalité subsistante : et c'est le propre de l'hypostase d'être telle, comme il appert par Boèce.
En second lieu, à supposer que la personne ajoutât à l'hypostase un élément en lequel l'union eût été faite, cet élément ne pourrait être autre chose qu'un certain caractère de dignité, et c'est en ce sens que l'on définit (2) parfois la personne : une hypostase dont le caractère distinctif est la dignité. Si donc l'union s'est faite dans la personne et non dans l'hypostase, il s'ensuit qu'il faut la concevoir comme se réalisant du point de vue de la dignité. Et c'est précisément ce que S. Cyrille, approuvé par le Concile d'Ephèse (3), condamne en ces mots : « Si quelqu'un, dans le Christ un, divise les hypostases après l'union, les associant par une simple association de dignité ou d'autorité ou de puissance, au lieu d'admettre entre elles une union naturelle, qu'il soit anathème. »
Enfin c'est à l'hypostase que sont attribuées les opérations et les propriétés de la nature et tout ce qui, dans le concret, relève de la nature elle-même. L'on dit en effet de [i]cet homme[/i] qu'il raisonne, qu'il possède la faculté de rire, qu'il est animal raisonnable : et pour cette raison on lui donne le nom de suppôt, car il est le sujet de tout ce qui appartient à l'homme, et en reçoit l'attribution. Si donc, dans le Christ, il y avait une autre hypostase que celle du Verbe, il faudrait en conclure que ce qui se vérifie en lui au sujet de l'homme n'appartient pas au Verbe, mais à un autre sujet, comme ceci par exemple qu'il est né de la Vierge, qu'il a souffert, qu'il a été crucifié et enseveli. Doctrine condamnée encore, avec l'approbation du Concile d'Ephèse, par ces paroles : « Si quelqu'un divise entre deux personnes ou hypostases les expressions employées au sujet du Christ dans les écrits évangéliques et apostoliques, par les saints ou par le Christ lui-même, et attribue les unes à l'homme considéré à part du Verbe de Dieu le Père, et les autres au seul Verbe de Dieu le Père, qu'il soit anathème. »
C'est donc manifestement une hérésie, condamnée jadis par l'Eglise, de soutenir que, dans le Christ, il y a deux hypostases ou deux suppôts, ou que l'union ne se fait ni dans l'hypostase, ni dans le suppôt. Aussi lit-on dans le même Concile : « Si quelqu'un ne confesse pas que le Verbe de Dieu le Père est uni selon l'hypostase à la chair, et est un seul Christ avec sa propre chair, le même, Dieu et homme tout ensemble, qu'il soit anathème: »
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(1) Le mot subsistance est la forme latine du mot d’origine grecque hypostase. — (2) C’est la définition de S. Bonaventure dans son Commentaire sur le 1er livre des Sentences, dist. 23, quæst. I, art. 1.— (3) Voir, pour la nature et la valeur de cette approbation, le Dictionnaire de théologie catholique, au mot Ephèse, t. V, col. 148.[/quote]
A suivre: Solutions.